Il ne faut pas oublier que le Québec s’est allié à la Californie dans la lutte contre les changements climatiques. Si nous voulons mesurer notre succès dans la lutte engagée contre les changements climatiques, il nous faut prendre en compte les échanges sur le marché du carbone avec la Californie et regarder le portrait global avec elle.

Émissions de GES: le Québec dans la bonne direction

Bien sûr que nous pouvons faire mieux, mais il y a quelque chose d’irritant à voir tant de personnes faire tout à coup le constat que le Québec s’en va dans le mur avec des émissions de GES hors de contrôle qui ne sont pas réduites au rythme qu’impose l’objectif fixé pour 2020.

Depuis quelques semaines, on brandit l’inventaire québécois pour affirmer que tous les efforts consentis depuis 10 ans ne riment à rien puisque nos émissions de GES peinent à diminuer. La semaine dernière, l’inventaire des émissions de 2017 a même montré que nos émissions continuent à augmenter. On en conclut que rien ne va plus.

C’est conclure un peu trop vite. C’est surtout oublier que le Québec s’est allié à la Californie dans la lutte contre les changements climatiques et que, ce faisant, si nous voulons mesurer notre succès dans la lutte engagée contre les changements climatiques, il nous faut prendre en compte les échanges sur le marché du carbone avec la Californie et regarder le portrait global avec la Californie. En fin de compte, quand on lutte contre les changements climatiques, l’important est que les réductions de GES se fassent, ici ou ailleurs, peu importe où.

Or, en lien avec la Californie, nous avons mis en place un système de plafonnement et d’échanges qui fonctionne très bien. Le système est simple. Sur la base des objectifs de réduction que nous nous sommes donnés au Québec, le gouvernement a établi des quotas d’émissions qu’il vend aux enchères aux entreprises qui émettent directement ou indirectement des GES. Désormais, pour émettre des GES au Québec, il est obligatoire de disposer d’un tel quota que l’on appelle droit d’émissions. Comme le gouvernement contrôle le nombre de droits d’émissions alloués dans notre économie, il contrôle les émissions. C’est environ 85 % des émissions de tout le Québec qui sont ainsi contrôlées. Ça marche!

Les entreprises peuvent aussi acheter des droits d’émissions en provenance de la Californie qui a mis en place un système identique. Ça fait en sorte que les réductions de GES se réalisent là où ça coûte le moins cher et ça, c’est très important pour nous, au Québec. Car avouons-le, quand nous nous sommes donné comme objectif en 2009 (juste avant l’échec de Copenhague) de réduire de 20 % nos émissions sous le niveau de 1990 pour 2020, absolument personne ne croyait que nous y arriverions par des réductions chez nous sur notre territoire. Pourquoi? Parce qu’il n’y avait pas de réductions faciles sur notre territoire. En effet, nos entreprises étaient déjà pour la plupart pas mal efficaces et nous n’avions pas de centrales thermiques à fermer, contrairement à nos voisins. Chez nous, les réductions d’émissions allaient devoir provenir de modifications de comportement de millions d’individus et ça, c’est difficile à accomplir.

Néanmoins, cet objectif très, très ambitieux et nécessaire a été adopté avec l’idée que dans une dynamique de marché avec la Californie qui permettait les échanges, il serait atteignable. Il est donc très paradoxal que près de 10 ans plus tard, on juge que nous n’atteindrons pas notre cible sur la base de notre inventaire au Québec qui ne tient compte que des émissions chez nous sans considérer nos échanges avec notre partenaire californien. C’est un peu comme si on regardait ce qu’il nous reste dans notre compte à la caisse et que nous arrivions à la conclusion que nous sommes pauvres sans avoir considéré ce qui a été placé dans notre REER en cours d’année. En le faisant, on réaliserait que nous ne sommes pas si loin de notre cible. Si on la manque en 2020, ce sera de peu.

Si les choses vont mal à l’échelle globale, ce n’est pas à cause de l’inaction québécoise et californienne. Cependant, l’enjeu est tel qu’il faut faire plus et mieux. Oui, il y a eu des erreurs. Oui, nous avons besoin d’un meilleur plan et de plus de cohérence. Mais pour une fois que le marché nous aide à atteindre nos objectifs environnementaux, tenons compte de ce qu’il apporte dans notre appréciation de notre avancement.

Jean Nolet, économiste et directeur général de la Coop Carbone, Québec