Élections: les ordres professionnels critiqués à tort

Le Conseil interprofessionnel du Québec, qui regroupe les 46 ordres professionnels du Québec, souhaite réagir aux propos de M. Philippe Couillard tenus le 17 août (débat organisé par l’Institut du Nouveau Monde) et de M. François Legault tenus le 26 août dernier («Le Beau dimanche» sur les ondes d’ICI Radio-Canada) qui accusaient les ordres professionnels d’engendrer des difficultés ou même de «corporatisme» en matière de reconnaissance des acquis et compétences des professionnels formés à l’étranger.

Rappelons que le contrôle de l’admission à une profession réglementée au Québec est une des missions fondamentales des ordres professionnels. Afin de protéger le public, ils doivent s’assurer que les immigrants possèdent des qualifications et compétences équivalentes à celles des personnes formées au Québec. Le standard québécois doit être respecté. On ne peut avoir deux poids, deux mesures.

Cette mission de contrôle de l’admission aux professions leur est confiée par l’État québécois qui balise leur travail par l’intermédiaire du Code des professions, de 25 lois particulières et de plus de 800 règlements. Toutes ces lois sont sanctionnées par l’Assemblée nationale alors que les règlements sont approuvés par le gouvernement du Québec ou l’Office des professions du Québec, organisme gouvernemental supervisant le travail des ordres. Il n’y a aucune improvisation, tout est approuvé. Les ordres doivent appliquer avec diligence les règlements en vigueur autorisés par le gouvernement.

Un ordre n’a aucun avantage à restreindre l’accès à des personnes compétentes. Techniquement, les ordres auraient même intérêt à ouvrir les vannes de l’admission à leurs professions parce qu’avoir plus de membres signifie plus de cotisations pour assurer leur budget de fonctionnement. Les accusations de restreindre l’entrée sont sans fondement. Les ordres professionnels ont admis en 2016-2017 plus de 18 800 nouveaux titulaires de permis au sein de leurs rangs. De ce nombre, 2582 ont été délivrés sur la base de la reconnaissance des équivalences de formation ou de diplôme, soit près de 14 % de toute la relève professionnelle. Dans le cas particulier des médecins, souvent cité, les places sont contrôlées par le ministère de la Santé.

Le Conseil interprofessionnel collabore étroitement avec le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion. Nous avons même obtenu une subvention pour documenter les causes du décrochage professionnel d’une partie des immigrants. Nous avons également beaucoup insisté au cours de la dernière année sur des mesures qui méritent d’être financées par l’État, tel l’accès à des formations d’appoint et des stages de mises à jour ou encore du microcrédit pour aider les personnes immigrantes pendant la période d’intégration.

Nous tendons la main à l’ensemble des partis politiques qui souhaitent améliorer le système professionnel afin d’établir un dialogue constructif avec le Conseil interprofessionnel du Québec. En cette période électorale, nous avons soumis aux quatre partis politiques des pistes de solutions souhaitables. Parmi celles-ci, un ministre responsable à temps plein de l’application des lois professionnelles permettrait certainement de raffermir le dialogue et de mener à bien les grands chantiers législatifs et réglementaires à venir.

Cessons les critiques faciles, travaillons plutôt sur des solutions concrètes!

Gyslaine Desrosiers, Présidente du Conseil interprofessionnel du Québec