Éditoriaux

Et délivrez-nous du président...

Si un «haut responsable de la Maison Blanche» s’autorise à publier une lettre anonyme dans le New York Times pour dire qu’il participe à la «résistance» contre le président des États-Unis, c’est le signe que son entourage commence à se préparer, voire à espérer, la chute du régime et le début de l’après-Trump.

Pourquoi faire coïncider ce témoignage avec la publication des premiers extraits dévastateurs d’un livre écrit par le journaliste Bob Woodward, qui décrit la même dynamique? Pourquoi courir un risque aussi grand si vous croyez que cette administration est en selle pour le reste de son mandat et qu’il est impossible de faire dérailler ce train?

Éditoriaux

Infirmières: des jours meilleurs?

ÉDITORIAL / Est-ce la fin des Émilie Ricard, ces infirmières débordées, épuisées au point qu’elles deviennent à leur tour malades parce qu’elles ne peuvent donner les soins requis aux trop nombreux patients dont elles ont la charge? En campagne électorale, tous les partis s’engagent à améliorer le sort des ces professionnelles de la santé appréciées du public. Les infirmières ont toutefois intérêt à ne pas baisser la garde.

Beaucoup d’espoir est mis dans les projets pilotes de ratio infirmière-patients sécuritaire lancés ce printemps (d’autres débuteront plus tard cet automne) par le ministre Gaétan Barrette et la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ).

Éditorial

L’érosion de la vérité

ÉDITORIAL / Internet est un champ de bataille où des groupes clandestins luttent pour manipuler l’opinion publique. Le problème est bien réel et il cause de l’inquiétude des deux côtés de l’Atlantique.

Hier à Washington, la directrice des opérations de Facebook, Sheryl Sandberg et le directeur général de Twitter, Jack Dorsey, avaient accepté de comparaître devant la Commission sénatoriale du renseignement, pour discuter de l’interférence de la Russie aux dernières élections. Les dirigeants de Google ont refusé de se présenter à cette même tribune.

En France, le Centre d’analyse, de prévision et de stratégie (CAPS) et l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM) viennent de déposer un rapport sur le même sujet : Les manipulations de l’information — Un défi pour nos démocraties. Ce document identifie les ingrédients d’une «menace qui vise à miner les fondements de notre démocratie», à laquelle la crise que traversent les médias n’est pas étrangère. 

Ceux qui veulent créer la confusion, nourrir la division ont «d’autant plus de chances d’aboutir que le paysage médiatique est éclaté, avec des médias traditionnels faibles, suscitant la défiance d’une partie de la population, et une variété de vecteurs populistes et conspirationnistes», affirme le rapport.

Le raffinement des technologies risque d’amplifier encore plus ce problème. Les outils d’édition de vidéos, qui permettent de reproduire fidèlement une apparence de réalité, permettront d’injecter du contenu capable d’influencer le marché boursier, ou les débats politiques. Il sera de plus en plus difficile de tracer la ligne entre le faux et le réel, entre la vérité et le mensonge. 

À première vue, on croirait que plus on est informés, meilleures seront nos décisions. Mais c’est faux. Être plus informés n’est pas la même chose qu’être mieux informés, souligne le rapport français. Lorsque nous sommes submergés d’informations de mauvaise qualité, prendre une bonne décision devient quasiment impossible. 

C’est là-dessus que misent les acteurs qui veulent miner un État, une société. Leurs tentatives seront d’autant plus efficaces si elles s’appuient sur une perte de confiance envers les institutions. Et les réseaux sociaux, par leur nature même jouent un rôle déterminant pour saper cette confiance.

Leur modèle d’affaires est «optimisé pour le profit plus que la vérité», rappelle le rapport. Les revenus de Facebook dépendent en effet de l’engagement de ses usagers. Un contenu nuancé, réfléchi, génère moins de réactions qu’un contenu provocant ou scandaleux.

De tous les médias, YouTube est l’un des vecteurs les plus dangereux. Une enquête du Wall Street Journal avait démontré, en début d’année, que le moteur de recherche, en s’alignant sur les opinions perçues de l’usager, dirige celui-ci vers des contenus plus extrêmes, plus radicaux.

À Washington, le ton s’est adouci envers les dirigeants. Mais le patron de Twitter, Jack Dorsey, a reconnu qu’ils n’étaient «ni prêts ni équipés pour l’immensité du problème», un problème qu’ils ont eux-mêmes créé. Facebook, Twitter ou Google ne pourront pas trouver la solution isolément, sans donner accès à leurs données aux chercheurs, sans inclure dans leurs structures, dans leurs processus les usagers dont ils tirent des milliards $. Et cette ouverture ne se fera que si on les y force par une loi, par une réglementation. 

«L’époque du Wild West dans les réseaux sociaux tire à sa fin», a prévenu le sénateur Mark Warner hier. Il ne reste plus qu’à souhaiter qu’il dise vrai. 

Éditorial

La reconquête des régions

ÉDITORIAL / Les régions «éloignées» ont la cote. Durant les vacances estivales et… durant les campagnes électorales.

«Vive les régions libres», a lancé Jean-François Lisée, à Sept-Îles. S’il dirigeait de nouveau le Québec, un gouvernement péquiste laisserait une plus grande marge de manœuvre aux acteurs locaux. Le chef du PQ promet la fin des fonctionnaires qui regardent par-dessus leur épaule et du droit de veto de Québec sur les projets régionaux.

Dans un objectif de décentralisation, Philippe Couillard invite de son côté les sous-ministres adjoints et les fonctionnaires à faire leurs valises et à déménager pour travailler en Gaspésie, aux Îles-de-la-Madeleine, au Saguenay-Lac-Saint-Jean ou en Abitibi-Témiscamingue. Il veut également créer un poste de ministre aux Régions et à la Vitalité du territoire. 

Tous les partis politiques ont par ailleurs leur plan pour que tous les Québécois aient enfin un accès Internet haute vitesse

De bien bonnes intentions. Mais qu’en restera-t-il après le 1er octobre lorsque les électeurs «des régions» auront choisi leur député?

«Nous misons sur l’émergence d’un nouveau modèle de développement régional qui n’est pas dicté par le gouvernement, mais plutôt par le milieu», a soutenu mardi Philippe Couillard, de passage à Gaspé. 

Un tel engagement réussira-t-il à faire oublier que son gouvernement a contribué en 2015 à la création de la coalition «Touche pas à mes régions», regroupant d’anciens ministres des Régions, des maires, dont celui de Gaspé, Daniel Côté, des universitaires, des gens d’affaires, des artistes. 

La coalition reprochait aux libéraux de procéder à une démarche de centralisation sans précédent privant les régions de leviers de développement essentiels à leur épanouissement économique, social et culturel.

«Touche pas à mes régions» dénonçait la politique d’austérité du gouvernement Couillard qui lui faisait perdre de bons emplois dans le secteur de la santé et de l’éducation, mais qui venait aussi remettre en question les conférences régionales des élus, les centres locaux d’emploi et les carrefours jeunesse-emploi, ces lieux régionaux de concertation.

Le Syndicat de la fonction publique du Québec indiquait mardi dans un communiqué que les effectifs de la fonction publique ont été réduits de 4 à 10 % dans des régions depuis 2014, affectant ainsi les services offerts aux citoyens. 

Tout ça est du passé?

Des médias ont rappelé que René Lévesque avait lui aussi promis il y a 40 ans d’installer les fonctionnaires du ministère des Pêches à Gaspé. En vain. Le chef péquiste disait qu’il serait plus facile de faire monter une morue à Québec que de faire descendre un fonctionnaire à Gaspé. 

Quarante ans plus tard, Philippe Couillard est persuadé que des employés à Québec seront intéressés à s’établir en région. Il compte sur la collaboration des syndicats. Les conventions collectives comportent en effet des clauses sur les déplacements. En cas de ratés, un gouvernement libéral pourra invoquer la rigidité syndicale. À suivre. 

À suivre également la promesse de toutes les formations politiques de brancher tout le monde. Ce n’est pas la première fois que les politiciens prennent un tel engagement à l’égard des gens vivant hors des grands centres urbains. 

«Avoir accès à internet haute vitesse, c’est aussi important aujourd’hui, en 2003, que jadis l’accès à l’hydroélectricité ou l’accès au téléphone», disait Jean Charest. Que dit aujourd’hui le chef libéral Philippe Couillard? «En 2018, avoir accès au numérique, c’est essentiel, comme l’étaient l’électricité et le téléphone il y a bien des décennies».

Souhaitons que cette fois soit la bonne.