Selon la communauté des organismes humanitaires, 2,2 millions d’enfants souffrent de malnutrition au Yémen.

Yémen: on achève bien les enfants

ÉDITORIAL / Le Yémen s’enfonce de plus en plus dans un enfer, une crise humanitaire fabriquée de toutes pièces, dans laquelle nous avons tous joué un rôle, soit en fournissant des armes, soit en gardant le silence.

L’Arabie saoudite avait imposé un blocus total de tous les ports, aéroports et accès routiers au Yémen, la semaine dernière, en représailles au tir d’un missile vers Riyad par les forces rebelles. Le royaume annonçait finalement, hier, que certains ports seraient rouverts.

Il arrive un point où la destruction provoquée par un conflit devient si grande que le conflit lui-même ne fait plus aucun sens. Au lieu d’apporter une solution à un problème, l’escalade de la violence ne fait qu’empirer les choses. Les deux principaux acteurs géopolitiques du Moyen-Orient, l’Iran et l’Arabie Saoudite, ont pris en otage une population entière, qui est désormais acculée à la famine. 

Littéralement. On fait crever de faim des enfants, des civils, pour augmenter la pression sur l’ennemi. C’est un crime de guerre commis en plein jour, sous nos yeux, avec notre bénédiction tacite. 

L’ONU estimait en janvier dernier que plus de 10 000 personnes avaient perdu la vie jusque là. Mais ce chiffre ne donne pas la juste mesure de l’ampleur de la crise provoquée. Le Coordonnateur des secours d’urgence des Nations Unies, Mark Lowcock, a prévenu la semaine dernière que le pays de dirigeait vers une des pires famines que le monde a connues depuis des décennies. 

Le manque de nourriture, la destruction des infrastructures, des services médicaux, et le manque d’eau sont autant de facteurs qui multiplient la mortalité. Ceux qui ne meurent pas de faim sont tellement faibles qu’ils sont incapables de résister aux maladies, aux infections. 

Plus de 18 millions de personnes dépendent de l’aide humanitaire dont sept millions au moins risquent de mourir de faim, selon un rapport du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. 

Ce même rapport signalait que les groupes rebelles houthis recrutent des enfants comme soldats. Certains n’ont pas plus de 10 ans. 

À la fin-septembre, à la conférence de Genève, le Conseil des droits de l’homme adoptait une résolution pour la mise sur pied d’une commission internationale d’enquête sur les violations commises par les belligérants «pour mettre fin au cycle d’impunité». Le Canada était, avec quelques pays européens, derrière cette initiative. 

Mais jusqu’ici elle n’a rien donné et le cycle d’impunité n’est pas menacé. Encore moins avec le rapprochement entre les États-Unis, sous l’administration Trump, et le régime saoudien qui vient de procéder à une vague d’arrestations dans les plus hautes sphères de la famille royale, pour consolider le pouvoir du prince héritier, Mohamed ben Salman. 

Deux ans de guerre ont affaibli le pays au point où la crise humanitaire risque de devenir hors de contrôle. Selon la communauté des organismes humanitaires, 2,2 millions d’enfants souffrent déjà de malnutrition dans le pays, et chaque reprise des combats menace les gains réalisés par ces organisations pour lutter contre la détresse. 

Mais l’aide humanitaire n’est pas la solution. La seule façon de mettre fin à ce désastre c’est de faire taire les armes pour entreprendre des négociations. Chaque fois que les Nations-Unies se montrent incapables d’empêcher un pays entier de sombrer dans le chaos, l’organisme perd de sa pertinence, de sa raison d’être.