Vraiment tout pour nos enfants?

ÉDITORIAL / Le gouvernent Couillard prône des interventions précoces et de qualité pour favoriser le développement personnel, social et scolaire des enfants de 0 à 8 ans. Enfin. Dommage que ce souci de qualité ne vise pas tous les petits Québécois.

Québec se contente en effet d’exiger un cours de secourisme, une police d’assurance responsabilité et une vérification des antécédents judiciaires dans les services de garde en milieu familial non régis que fréquentent près de 40 000 enfants.

Le ministère de la Famille n’évalue pas la qualité de ce type de garderies. Est-elle médiocre, moyenne ou excellente? Avec l’adoption du projet de loi 143, la propriétaire d’une telle garderie devra dorénavant aviser le parent qu’elle offre de «la garde en milieu familial non reconnue, qu’elle n’est pas assujettie à la surveillance d’un bureau coordonnateur de la garde en milieu familial et que la qualité de son service de garde n’est pas évaluée par le ministre». Le parent devra signer cet avis.

Le cabinet du ministre de la Famille, Luc Fortin, explique que cette disposition a été introduite pour préserver le libre-choix des parents au moment de sélectionner un service de garde.

Certes, le choix des parents pourra ainsi être plus éclairé. Étant donné que Québec accorde des crédits d’impôt — plus de 400 millions $ par année — aux parents dont les enfants fréquentent ce type de services, certains pouvaient croire que le ministère de la Famille avait des exigences sur la formation du personnel et sur la qualité des services. Ce n’est pas le cas.

Pourtant, dans la Stratégie relative aux services éducatifs offerts aux enfants de 0 à 8 ans, «Tout pour nos enfants», dévoilée mardi par le premier ministre Philippe Couillard et ses ministres de la Famille et de l’Éducation, Québec mise beaucoup sur la qualité des services et sur «des interventions précoces, rapides et continues» pour que tous les jeunes aient des chances équitables et un bagage solide pour «prendre la route de la réussite».  

Au nom du libre-choix des parents, le gouvernement accepte cependant que des enfants passent la journée dans des milieux où il ignore la qualité des services, dans des milieux qui n’ont pas nécessairement le personnel qualifié pour détecter les difficultés et les troubles d’apprentissages des enfants et leur offrir le soutien professionnel pour les atténuer, voire les corriger, avant leur rentrée à la maternelle.

Pourtant, bon nombre de parents qui utilisent les services de garde non régis paient les impôts qui permettent les annonces d’investissements de 1,4 milliard $ que compte faire un gouvernement libéral «pour offrir aux 800 000 enfants de 0 à 8 ans les mêmes chances de réussir».

Québec veut notamment augmenter le financement des services de garde éducatifs à l’enfance pour ajouter du matériel éducatif, des outils pédagogiques, des sorties et des activités éducatives. Il veut aussi améliorer la formation du personnel éducateur dans les installations. Il soutiendra aussi davantage les bureaux coordonnateurs de la garde en milieu familial.

Le but visé est de porter à 80 %, d’ici 2025, la proportion d’enfants qui commencent leur scolarité sans présenter de facteur de vulnérabilité pour leur développement. Pour cela, le gouvernement devrait s’assurer que tous les enfants, qu’importe le type de service de garde choisi par leurs parents, aient accès aux meilleures ressources, aux meilleures pratiques.

Le Québec a tardé à se préoccuper de la qualité dans les services de garde. D’un gouvernement à l’autre, la création de places a trop longtemps occulté l’évaluation de la qualité. Au moment où il décide enfin d’agir, le gouvernement ne doit pas faire le travail à moitié.