La 23e conférence de l'ONU sur le changement climatique, la COP 23, se déroule à Bonn en Allemagne jusqu'au 17 novembre.

Voir sa maison brûler, au ralenti

ÉDITORIAL / Un violent incendie peut détruire une maison en l’espace de quelques minutes seulement. On n’hésite alors pas à prendre les moyens qu’il faut. Mais si l’incendie est étalé sur plus d’un siècle? Comment — et quand — réalise-t-on l’urgence?

Notre maison brûle, mais à ce rythme centenaire, en a-t-on suffisamment conscience? 

La semaine dernière, le plus important programme de recherche des États-Unis sur les changements climatiques, le US Global Change Research Program (USGCRP), a publié la quatrième édition du Climate Science Special Report (CSSR), qui représente l’état le plus fiable de la science à ce jour. C’est la seule façon pour nous de prendre conscience de la gravité d’un phénomène presque impossible à cerner autrement, à cause de son ampleur et de sa lenteur, à l’échelle d’une vie humaine.

La cause ne fait aucun doute. Le réchauffement observé depuis un siècle est dû à l’activité humaine. «Il n’existe aucune autre explication convaincante qui soit soutenue par les preuves observées», conclut le rapport. Le niveau des océans a augmenté de 20 cm depuis 1900, dont 8 cm au cours des 25 dernières années seulement. Et d’ici la fin du siècle, il s’ajouterait entre 30 et jusqu’à 1,20 m additionnels, dans le pire scénario. 

Les températures ont déjà augmenté de 1°C depuis 1900, et pour espérer atteindre l’objectif fixé en 2015 à Paris de limiter cette hausse à 2°C pour 2100, il faut ramener la valeur nette de nos émissions à zéro avant cette date. Les engagements annoncés jusqu’ici, qui sont rarement atteints, n’y suffiront pas. 

Les changements climatiques ne sont pas un problème du futur, a rappelé un chercheur de la NASA qui a participé au rapport. C’est notre problème, aujourd’hui. Il reste à peine 20 ans pour renverser la vapeur. Il y a déjà plus de 550 GtC (gigatonnes de CO2) dans l’atmosphère. Il ne faut pas dépasser 800 GtC pour limiter la hausse des températures à 2°C. Au rythme actuel, environ 10 GtC par an, nous aurons dépassé l’objectif de 2100 vers 2040, soit 60 ans avant l’échéance...

Et rappelez-vous, les engagements déjà sur la table ne suffiront pas à la tâche. 

Pour utiliser de nouveau notre analogie, non seulement il n’y a pas assez de pompiers pour éteindre le feu, mais à la vitesse à laquelle ils se déplacent en plus, ils n’arriveront jamais à temps. 

La concentration de CO2 dans l’atmosphère, à 400 parties par millions (PPM), est la plus élevée depuis 3 millions d’années. Et cela fait au moins 50 millions d’années que la planète n’a pas connu un niveau d’émissions annuelles aussi élevé que le nôtre. 

Toutes ces données, analysées, détaillées dans le rapport du USGCRP, sont ignorées par le gouvernement même qui finance cet effort gigantesque de recherche. Le président des États-Unis, son ambassadrice au Canada, le responsable de l’Agence de protection de l’environnement, ne sont que des aveugles au volant du camion à incendie. 

Washington s’est retiré de l’Accord de Paris, le seul pays au monde à le faire, tout comme le Canada s’était retiré du protocole de Kyoto sous Stephen Harper. Le gouvernement Trudeau a lui-même déjà lancé la serviette sur les objectifs pourtant modestes du précédent gouvernement pour 2020, disant vouloir cibler 2030. Entre-temps, les émissions canadiennes continuent d’augmenter, déplore la commissaire à l’environnement et au développement durable. Nous devons demander plus, et plus rapidement.