Vite achetés, vite jetés

Les Fêtes sont terminées. Nous avons rempli les caisses des grandes surfaces au cours des dernières semaines. L'actualité tourne au ralenti. Que voilà une belle occasion de réfléchir sur l'obsolescence, programmée ou non, de nos appareils électriques et électroniques. Sur ses conséquences désastreuses pour la planète. Et sur nous, bande de consommateurs impénitents.
La vidéo iDiots, qui circule sur le Web depuis quelques semaines, illustre à merveille le phénomène de l'obsolescence programmée, qu'on trouve derrière la logique commerciale d'Apple. Le film d'animation critique la surproduction de téléphones intelligents et autres tablettes électroniques, mais aussi notre dépendance à ces gadgets parfaitement inutiles.
L'obsolescence revêt différentes formes. Elle peut être liée à la course à la nouveauté ou aux tendances de la mode, fonctionnelle (vous savez, lorsqu'un appareil cesse de fonctionner parce qu'une seule pièce s'est brisée et que la réparation coûte tellement cher qu'on finit par en acheter un nouveau), technique (quand un logiciel de notre produit n'est plus compatible avec des versions ultérieures, par exemple) ou indirecte (lorsque des accessoires indispensables au fonctionnement de notre appareil ne sont plus commercialisés).
Qu'elle soit délibérément planifiée par les fabricants afin d'inciter les consommateurs à acheter toujours davantage ou bêtement liée à une logique de marché (la forte demande suscite une forte concurrence qui tire les prix vers le bas et exige un coût de revient réduit au maximum, poussant les fabricants à se tourner vers une main-d'oeuvre bon marché et des matériaux de piètre qualité), l'obsolescence des produits électriques et électroniques coûte cher à l'environnement.
Selon un rapport publié par l'ONU le 15 décembre, près de 49 millions de tonnes de déchets électriques et électroniques ont été jetés à travers le monde en 2012, soit près de 20 kilogrammes par habitant. Ces déchets devraient augmenter de 33 % d'ici 2017, pour atteindre chaque année 65,4 millions de tonnes, soit le poids d'environ200 Empire State Building. Divers règlements, lois et taxes ont été mis en place dans plusieurs pays afin de disposer proprement des équipements électriques et électroniques en fin de vie, mais ils sont loin d'être suffisants.
En plus de générer des déchets difficiles à traiter, les appareils électriques et électroniques sont gourmands en matières premières (cuivre, or, argent, plomb, tantale, cobalt, zinc et nickel, par exemple). Selon l'Organisation de coopération et de développement économiques, l'ère de la rareté se dessinerait pour un nombre croissant de matériaux en raison notamment de la production grandissante de ces produits de consommation.
Différentes pistes de solution sont proposées pour limiter le phénomène de l'obsolescence. Dans un rapport publié en 2010, Les Amis de la Terre suggèrent de rendre obligatoire l'affichage de la durée de vie des produits, de prolonger la garantie légale de ceux-ci et de soutenir la réparation (ce qui signifie, entre autres, interdire la commercialisation de produits irréparables et forcer les fabricants à rendre accessibles plus longtemps et à un coût raisonnable les pièces détachées). En France, les verts ont tenté d'obtenir que l'obsolescence programmée soit considérée comme un délit, sans succès.
Comme consommateurs, nous avons aussi une large part de responsabilités. Il nous faut apprendre à consommer moins et mieux, à donner une seconde vie à un bien (acheter d'occasion, louer, échanger...), à réparer ou à faire réparer quand c'est possible. Il existe d'ailleurs de nombreux forums, blogues et sites Internet (commentreparer.com, par exemple) pour nous aider à réparer nous-mêmes des appareils défectueux. Le recyclage des pièces ne devrait avoir lieu qu'en dernier recours.
Du reste, comme le rappellent deux chercheurs de l'Observatoire de la consommation responsable de l'UQAM dans un article intitulé «L'obsolescence, à qui la faute?», nous avons le pouvoir de boycotter certaines marques moins environnementales ou douteuses quant à l'obsolescence. L'information à ce propos abonde sur le Web. Suffit de faire l'effort d'aller la chercher.