Universités: de la crise à l'indifférence

L'amnésie semble un mal assez généralisé dans la présente campagne électorale. Elle frappe ceux qui font fi des promesses et des incompatibilités d'hier. Elle se manifeste aussi chez ceux, tous partis confondus, qui se comportent comme si la question du financement des universités était réglée au Québec, alors que ce n'est toujours pas le cas. La crise étudiante est du passé - Léo et Martine, deux anciens leaders étudiants, portent même les couleurs du PQ - mais le problème de fond demeure.
Des recteurs ont cru bon lundi de le rappeler dans une page de publicité. «L'enseignement universitaire, cet enjeu crucial dont aucun parti ne parle», déplorent les recteurs de l'Université Laval, de l'Université de Montréal, de l'Université McGill, de l'Université de Sherbrooke, de l'Université Bishop's et des composantes de l'Université du Québec. Ils demandent aux chefs de parti de s'engager à verser d'ici 2020 aux universités un financement équivalent à la moyenne canadienne, soit environ 5000 $ de plus par étudiant.
Il est en effet étonnant, voire consternant de constater que ce Québec qui s'est déchiré au printemps 2012 sur les droits de scolarité, le financement des universités et l'accessibilité aux études supérieures porte aujourd'hui si peu d'attention à l'enseignement supérieur. Des candidats ont proposé de réduire le nombre de fonctionnaires au ministère de l'Éducation. Les commissions scolaires sont encore sur la sellette. Des spécialistes sont promis pour venir en aide aux élèves en difficulté dans les écoles. Mais aucun candidat n'a été très explicite sur sa vision des études postsecondaires.
Comme si la simple indexation des droits de scolarité introduite par le gouvernement Marois pour remplacer la forte hausse imposée par les libéraux avait gommé les difficultés des universités. Comme si le Sommet sur l'enseignement supérieur et tous les chantiers mis en oeuvre depuis février 2013 avaient permis au Québec de déterminer un juste équilibre entre ce qui doit être réclamé à chaque étudiant, ce qui doit provenir des fonds publics et ce que devrait être la contribution du secteur privé. Comme si la précarité des finances publiques et les contraintes imposées au secteur de l'éducation dans le budget Marceau (croissance des dépenses limitée à 3 %) étaient sans répercussions sur l'enseignement et la recherche universitaires. Sans le dépôt des crédits, impossible de savoir qui écopera.
On peut comprendre qu'aucun parti n'ait envie de provoquer une crise comme celle du printemps 2012. Or, lorsqu'on dit vouloir parler des «vraies affaires», qu'on prétend faire un Québec plus prospère et plus fort, ou qu'on est obsédé par le fardeau imposé aux contribuables, on devrait normalement avoir une bonne idée des composantes du financement accordé aux universités, et s'assurer que celles-ci ont les ressources humaines et matérielles pour former des individus dans toutes les disciplines, en plus de mener des recherches variées et de grande qualité qui feront rayonner le Québec.
Aucun parti n'a encore osé revenir à la charge. Tout le monde semble attendre sagement le dépôt du rapport final des coprésidents du chantier sur la politique de financement des universités attendu pour juin 2014. Une politique qui aura une durée de vie de cinq ans. Or ce rapport, faut-il le rappeler, n'abordera ni la hauteur de la subvention de fonctionnement des universités ni celle des droits de scolarité.
Les coprésidents Pierre Roy et Hélène P. Tremblay ont reconnu dans leur rapport d'étape de décembre que ces deux sujets sont capitaux, mais qu'ils sont exclus de leur mandat car des décisions ont été prises au Sommet.
Bref, une autre manifestation de l'art tout québécois de se fermer les yeux et de remettre à plus tard.