Régis Labeaume a toutes les raisons du monde de célébrer sa victoire, mais il doit aussi reconnaître qu’il perd du terrain. Plusieurs conseillers ont vu leur soutien tomber sous les 50 %, alors qu’ils récoltaient plus de 60 % au dernier rendez-vous.

Une victoire, oui mais...

ÉDITORIAL / Régis Labeaume n’aura jamais été menacé finalement dans cette élection, mais il serait présomptueux de sa part de croire que les citoyens de la Ville de Québec viennent de lui signer un chèque en blanc.

Déclaré vainqueur à peine 10 minutes après la fermeture des bureaux de vote, le maire de Québec a toutes les raisons du monde de célébrer sa victoire, mais il doit aussi reconnaître qu’il perd du terrain. Plusieurs conseillers ont vu leur soutien tomber sous les 50 %, alors qu’ils récoltaient plus de 60 % au dernier rendez-vous. 

Les Québécois sont satisfaits du travail de leur maire, et à Québec, la force d’inertie a toujours favorisé le maire sortant, on en a eu une autre preuve hier soir. Mais M. Labeaume a pris un risque considérable en se lançant dans cette campagne sans avoir de projet, de vision forte à proposer pour l’avenir. Son « réseau structurant » manquait beaucoup trop de substance pour marquer l’électorat. 

M. Labeaume n’a quand même pas volé ce quatrième mandat. C’est un défenseur acharné d’une Capitale qui est toujours en bonne situation financière, et il doit composer avec un électorat qui a tendance à se polariser sur les enjeux importants de développement. 

Le maire de Québec jouissait d’un actif plus important que son vis-à-vis de Montréal, mais comme le montre la défaite de Denis Coderre, qui avait tout de même un bilan plus qu’honorable, les électeurs ont aussi envie qu’on fasse de la politique autrement. 

Le maire Coderre a peut-être lui aussi bien travaillé, mais le politicien Coderre a fini par avoir raison de lui. Valérie Plante a mené une campagne impressionnante, intelligente, audacieuse et courageuse et mérite amplement une victoire que personne ne lui aurait donnée voilà tout juste quelques semaines. 

C’est un signal auquel le maire de Québec ferait bien de porter attention lui aussi, parce que le quasi-monopole dont il jouit désormais sur le conseil municipal ne repose pas sur des bases aussi solides que sa majorité pourrait le lui laisser croire. Elle témoigne autant des faiblesses de l’opposition que de ses propres forces. 

Démocratie Québec est à toute fin utile rayé de la carte, désormais. Au moment d’écrire ces lignes, le parti d’Anne Guérette semblait avoir tout perdu, même dans son propre district, son colistier a dû livrer bataille jusqu’à la dernière minute. Mme Guérette doit donc encaisser une défaite amère, et elle doit en assumer la responsabilité. Québec a besoin d’une opposition solide, et sa contre-performance nous en prive. On voit mal comment elle pourrait continuer à diriger ce qui restera de sa formation politique. 

Quant à Jean-François Gosselin, s’il encaisse lui aussi une défaite à la mairie, il a malgré tout remporté une partie de son pari en allant chercher des votes tant auprès des partisans de Démocratie Québec que chez ceux d’Équipe Labeaume. Il a réussi à modifier le paysage politique municipal à Québec. Saura-t-il y apporter de la profondeur, modifier le discours, c’est une autre question. 

Enfin, Gilles Lehouillier a pratiquement été reconduit sans formalités à la mairie de Lévis. Peu de choses auront marqué sa campagne, sinon une prise de bec avec le maire de Québec. Espérons que cet accrochage ne laissera pas trop de traces, les défis qui se posent à la région de Québec exigent une collaboration plus étroite entre les deux villes, et maintenant que chaque maire a obtenu la victoire décisive qu’ils espéraient, ils doivent tourner la page.