Les têtes roulent dans l’entourage du président Donald Trump.

Une présidence corrompue

ÉDITORIAL / Les têtes roulent dans l’entourage du président Donald Trump, et de plus en plus près de lui. Son ex-avocat, Michael Cohen, et son ex-directeur de campagne Paul Manafort, ont tous deux été reconnus coupables par un tribunal mardi.

Paul Manafort a été jugé coupable par un jury pour des fautes qui n’avaient pas de lien avec la campagne présidentielle. Michael Cohen, cependant, a plaidé coupable pour des contributions illégales qui auraient été faites sur instruction d’un «candidat fédéral», M. Trump, même s’il n’est pas nommé dans la cause. 

Mais l’importance de ces deux condamnations ne se limite pas aux faits qui ont été mis en preuve dans les procédures. Elle se mesure bien plus par ce qui n’a pas encore été dévoilé. 

Car l’avocat qui représente Michael Cohen, Lanny Davis, a déclaré mardi que lui et son client détiennent «des preuves définitives que Donald Trump a commis un crime et corrompu la démocratie, des offenses pour lesquelles il peut être inculpé». Il laisse aussi entendre que Trump a pu être informé à l’avance du piratage des courriels du Parti démocrate. 

Dans le cas de M. Manafort, le verdict de culpabilité prononcé par un jury offre au procureur spécial des outils additionnels pour obtenir sa collaboration. Le seul levier qui reste à Trump pour s’assurer de sa loyauté est un pardon présidentiel. Mais étant donné la nature des crimes dont Manafort s’est rendu coupable, ce geste aurait un coût politique énorme et pourrait peser dans la balance lors d’une éventuelle procédure de destitution, qui apparaît de moins en moins improbable. 

Ces deux condamnations ajoutent à l’odeur accablante de corruption et la turpitude qui émane de cette présidence. 

Les deux premiers élus républicains à avoir endossé la candidature de Donald Trump, Chris Collins et Duncan Hunter, font aujourd’hui l’objet d’accusations pour détournement de fonds et délit d’initiés. L’ex-conseiller de Trump pendant la campagne, Rick Gates, s’est reconnu coupable de faux témoignage et de fraude financière, alors que l’ex-conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn a admis avoir menti aux enquêteurs de Mueller. Tous deux ont aussi accepté de collaborer à l’enquête. 

Donald Trump a traité son ex-conseillère, Omarosa Manigault, de «chienne», et plusieurs témoins disent l’avoir entendu, il y a quelques années, utiliser un langage dégradant à l’endroit des Noirs, dans une vidéo. Il a trompé sa femme, alors qu’elle venait d’accoucher, et acheté le silence de ses maîtresses. 

Pourtant, l’appui à cet homme se maintient aux environs de 40 % quoiqu’il advienne, imperméable aux scandales et à la l’humiliation. Pourquoi?

Parce que cela fait des années que des médias comme Fox News préparent le terrain, alimentent la peur, et une psychose dans laquelle il devient impossible de distinguer le véritable danger du faux. Trump est le sauveur dans une fiction où ses adversaires, et les autres médias, sont les «ennemis du peuple». 

Et on tente d’implanter ce modèle chez nous. 

Le témoignage de Michael Cohen évoque la complicité d’un certain David Pecker, patron du National Enquirer, dans le paiement de 130 000 $ à Stephanie Clifford (Stormy Daniels). Depuis 2016, David Pecker siège au conseil de Postmedia, propriétaire de Sun Media, qui a appuyé la récente élection de Doug Ford en Ontario. 

Il ne faut surtout pas faire l’erreur de croire le Canada invulnérable à ces attaques.