Un trio santé avec ça?

Un trio de trois médecins ou un trio médecin, pharmacienne, infirmière? Le Parti libéral et le Parti québécois prétendent tous deux avoir l'équipe idéale pour revigorer notre système de santé. Mais qu'importe sa formation, c'est d'un ministre de la Santé capable de changer la culture de ce réseau, trop hiérarchisé, trop bureaucratisé et trop peu centré sur les besoins des malades et la performance, dont les Québécois ont besoin.
Les politiciens promettent à chaque campagne électorale que l'accessibilité aux services de santé va s'accroître et qu'il ne sera plus nécessaire d'attendre des heures, voire des mois pour voir un médecin. Ils comptent notamment sur une plus grande synergie entre les différents professionnels de la santé, sans dire qu'il faudra plus d'une décennie pour convaincre les médecins, les infirmières et les pharmaciens de céder des actes à l'un et à l'autre.
Les candidats s'engagent aussi à ce que les milliards de dollars consacrés à la santé le soient de façon plus optimale. Ils jurent de limiter la croissance des coûts en misant sur une plus grande efficience. En même temps, ils ajoutent des éléments dans le panier de services plutôt que d'en faire le tri ou de reconnaître que si on veut plus de docteurs et un accès aux dernières trouvailles en technologies et en pharmacologie, il faut accepter de payer la note.
Dans quel état est notre système de santé après toutes ses promesses? Vingt et un pour cent des personnes de plus de 15 ans n'avaient toujours pas de médecin de famille en 2010-2011, selon l'Institut de la statistique. Lorsqu'ils trouveront enfin la perle rare, 50 % des Québécois attendront six jours ou plus pour rencontrer le médecin. Dans l'ensemble du Canada, 30 % des gens sont soumis à un tel délai. La proportion est de 16 % aux États-Unis et en France, et de 2 % en Suisse.
Les bobos sont plus sérieux, et l'intervention d'un spécialiste est nécessaire? Les Québécois patienteront en moyenne 82,6 jours pour obtenir leur diagnostic, comparativement à 68,1 jours dans le reste du pays. L'attente est de 13 jours en Suisse, de 14 jours en Allemagne et de 43 en France, note le Groupe d'experts pour un financement axé sur les patients, présidé par Wendy Thomson, dont le rapport a été rendu public avec le budget Marceau.
Tout va pour le mieux par la suite? Pas toujours. Le groupe Thomson indique que les coûts liés à la non-qualité des soins se situeraient entre 4,7 et 11,7 milliards $, soit entre 18 % et 37 % des dépenses en santé, selon une estimation de l'Association médicale du Québec. Qui plus est, les trois experts font le constat «qu'un nombre très limité d'indicateurs de qualité, de sécurité et de pertinence des soins sont disponibles au Québec en raison de l'absence de système d'information et de reddition de comptes sur ces éléments».
En d'autres termes, le Québec a une panoplie de cadres et de salariés au ministère, aux agences et dans les établissements, mais il est incapable de savoir si près de la moitié du budget de la province est utilisé adéquatement. Québec a de plus consacré des millions de dollars pour l'informatisation du réseau et une meilleure circulation des données sur les patients, mais rien n'est encore au point. Bref, on brasse des formulaires, on fait de la reddition de comptes en double, mais on passe à côté d'informations qui nous permettraient de maximiser les fonds investis.
L'étau se resserre. On ne peut accepter collectivement que la Santé gobe une part encore plus grande du budget de l'État, sans que les malades aient la garantie qu'ils auront de meilleurs soins rapidement. Le défi du futur ministre? Recentrer tous les acteurs - élus, gestionnaires, médecins, spécialistes, infirmières, pharmaciens, techniciens, préposés - sur les besoins du patient et la capacité de payer des contribuables, plutôt que sur leurs propres intérêts.