Un rappel en béton

Changement de paradigme en vue des prochaines élections. C'est le parti politique qui promettra d'investir le plus dans l'entretien des viaducs, des ponts et des routes qui devrait remporter un grand nombre de votes. Et non celui qui fera miroiter un nouveau bout d'asphalte ou une autoroute.
En 2006, l'effondrement du viaduc de la Concorde, à Laval, avait brutalement réveillé les Québécois et leurs élus. Le laxisme dont ils avaient fait preuve et qu'ils avaient toléré pendant des décennies venait de s'étaler devant leurs yeux et de faire des victimes. Cinq morts, dont une femme enceinte, et six blessés.
Il a fallu une telle tragédie pour sortir le Québec de son insouciance et l'inciter enfin à consacrer plus d'argent et de ressources à l'entretien et à la restauration de ses infrastructures construites dans les années 60 et 70. À la suite de la commission d'enquête Johnson qui a suivi l'effondrement du viaduc de la Concorde, le gouvernement libéral s'est engagé à remettre 80 % de ses structures en bon état d'ici 2022.
Les morceaux de béton qui se détachent des viaducs, comme cette semaine du viaduc Henri-Bourassa Ouest au-dessus de l'autoroute 40 à Montréal, sont un appel à la vigilance. Une incitation à ne pas retomber dans nos travers et à éviter de se laisser séduire par de beaux projets d'élargissement ou de construction de nouvelles routes au détriment de l'entretien de ce qui existe déjà.
Une obligation aussi de parfaire les méthodes d'inspection et d'entretien du ministère des Transports, et d'assurer une meilleure collaboration entre Québec et les municipalités. Le ministre Sylvain Gaudreau envisage aussi d'autres façons de construire nos infrastructures. Les hauts et les bas de Dame Nature seront également davantage considérés pour la fréquence des inspections.
Depuis qu'il est en poste, Sylvain Gaudreault tente d'inculquer une nouvelle culture au ministère des Transports. Une culture où rigueur, meilleure planification des travaux, respect des règles de concurrence, gestion plus serrée et contrôle des coûts doivent s'imposer.
À Montréal, le responsable des infrastructures au comité exécutif a déjà réclamé de son côté de voir plus rapidement, et non après neuf mois de décalage, le bilan des structures. Manifestement, ministère et municipalités ne peuvent continuer de fonctionner comme avant.
Dans son bilan annuel, le Ministère peut prétendre que le réseau s'améliore d'année en année. Néanmoins, sur 5294 structures répertoriées par celui-ci, 942 nécessitent des réparations, 263 des travaux majeurs, et 362 des remplacements. Le boulot ne manque pas. Ce sont les ressources financières et humaines qui font défaut. Ça coûte cher, très cher, de retaper ce que l'on a mis trop de temps à réparer.
Le ministre Gaudreault déclarait mardi avec fierté que son gouvernement avait consenti la part du lion des investissements routiers pour la conservation des structures en 2013-2015. Sur 5,6 milliards $, 2,6 milliards $ serviront à cette fin.
C'est toute une évolution si les politiciens tentent dorénavant de faire des gains politiques - du chemin pourrait-on dire - en vantant les investissements dans l'entretien. Ils préfèrent habituellement l'asphalte neuf et une cérémonie de coupe de ruban. Cela fait tellement de belles images!
Les images de ponts rouillés, de viaducs qui s'effritent et de routes défoncées sont cependant de plus en plus gênantes. Elles suscitent de plus un sentiment croissant d'insécurité et d'insatisfaction chez la population. Ce n'est guère bon pour les élus chargés de veiller au bien public et à la bonne gestion des fonds qui leur sont confiés.