Le chef cuisinier Ricardo Larrivée

Un porte-voix de 3 millions de dollars

ÉDITORIAL / «L’école idéale existe déjà au Québec, elle est juste en toutes sortes de morceaux dans toutes les commissions scolaires». C’est le chef cuisinier Ricardo Larrivée qui le dit, lui qui pilote avec l’architecte Pierre Thibault et le conférencier et athlète Pierre Lavoie, le projet Lab-école. Québec a-t-il vraiment besoin de dépenser 3 M$ pour ce Lab et de «penser en dehors de la boîte» pour savoir comment construire et rénover ses écoles? Il aurait pu s’inspirer de ce que font et réclament des acteurs du milieu de l’éducation depuis 30 ans.

«Il y a des écoles qui sont reconstruites en ce moment avec les mêmes problèmes qu’il y a 40 ans. Pas par manque de volonté, juste parce que c’est comme ça […] Si nous trois, qui avons la chance d’avoir la parole, on peut la redonner, écouter et devenir les porte-parole de ceux qui mènent le combat depuis parfois 30 ans sur des enjeux extrêmement importants pour l’éducation, so be it, on veut l’être», a également déclaré M. Larrivée, au lancement du projet Lab-école, à Québec, mardi. Le trio constate aussi que «la machine gouvernementale est paquetée de monde qui ont envie de faire des choses».

Un porte-voix à 3 M$. Voilà une dépense bien discutable et extravagante de la part d’un gouvernement qui ne voyait pas la nécessité d’acheter des livres pour regarnir les bibliothèques des écoles et qui a souvent fermé les yeux sur l’insuffisance des services offerts aux élèves en difficulté. 

Tous souhaitent que les écoles soient construites ou modernisées selon les meilleures pratiques afin de fournir aux enfants et au personnel un environnement stimulant, sain, sécuritaire, et un lieu de fierté pour les communautés. Il est navrant que le Québec ait négligé si longtemps ses infrastructures et tardé à corriger des erreurs de conception.

Mais malgré tout, il y a eu de bons coups. Malgré les modes, les contraintes budgétaires, le code du bâtiment, le cadre de référence du ministère — qu’il est d’ailleurs à revoir — les écoles du Québec ne ressemblent pas toutes à des prisons. À l’intérieur des murs, des initiatives fructueuses pour faire bouger davantage les enfants et pour inculquer de saines habitudes de vie existent aussi déjà.

Pourquoi alors dépenser 3 M$ en deux ans, se tourner vers une nouvelle créature pour recueillir les idées qui permettront, comme le formule le cabinet du ministre Sébastien Proulx, «de concevoir l’école de demain et de favoriser ainsi la réussite éducative des jeunes»? 

Bien sûr, un regard externe est parfois utile. Mais dans ce cas-ci, le milieu de l’éducation et ceux qui conçoivent les écoles connaissent déjà les ingrédients pour faire du beau, du bon et du durable. Le trio le constate d’ailleurs après avoir visité une trentaine d’écoles. Les bons coups et les bonnes pratiques ne sont pas suffisamment diffusés? Cela peut se corriger à moindres frais. 

Pour ce qui est de la réussite éducative des enfants, il est illusoire de penser qu’une meilleure fenestration, qu’un toit vert, qu’un plus grand gymnase et que des menus santé à la cafétéria augmenteront par magie les taux de réussite et dissiperont les difficultés des élèves. D’autres variables sont beaucoup plus cruciales.

L’environnement physique et l’alimentation ne sont pas les leviers les plus importants de la réussite scolaire, note Égide Royer, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval. Pour lui, le projet Lab-école est empreint de naïveté.

Il est aussi marqué d’une incertitude. Des élections générales se dérouleront avant que les cinq écoles issues du laboratoire Larrivée-Thibault-Lavoie apparaissent en 2021. Un autre ministre de l’Éducation pourrait bien avoir d’autres plans et d’autres priorités.