Malgré les accusations portées contre l'ex-directeur de campagne de Donald Trump et la révélation des échanges entre un autre de ses conseillers et des agents de la Russie, le président n'a pas manqué l'occasion de participer à une fête de l'Halloween à la Maison-Blanche, lundi.

Un pays au bord de la crise

ÉDITORIAL / Le piège commence à se refermer sur le président des États-Unis. Lui-même n’est pas encore directement mis en cause, mais les accusations portées contre son ex-directeur de campagne, Paul Manafort, et surtout la révélation des échanges entre un autre de ses conseillers et des agents de la Russie viennent de sérieusement miner ses défenses.

La question, c’est : jusqu’où ira le président pour se soustraire à cet examen? Va-t-il essayer de protéger ses conseillers en leur accordant un pardon, comme il l’a fait pour le shérif Arpaio? Va-t-il tenter de congédier le procureur spécial Robert Mueller?

Ses partisans préparent déjà le terrain. Le Wall Street Journal, propriété de Rupert Murdoch, soutenait la semaine dernière en éditorial, tout comme le New York Post, que M. Mueller devait démissionner, sous prétexte que le Parti démocrate avait lui aussi financé l’enquête qui a abouti au fameux dossier Steele. 

Devant ces révélations, la Maison-Blanche en est réduite à l’absurdité pour faire diversion en attaquant, une fois encore, Hillary Clinton. Selon l’administration Trump, le Parti démocrate aurait ainsi été de mèche avec la Russie, le pays responsable de sa défaite électorale, et du cambriolage numérique de ses propres courriels.

Cela suppose aussi que la Russie aurait cherché à nuire à la campagne du candidat le plus complaisant envers Vladimir Poutine, et ainsi faciliter l’élection de l’adversaire la plus farouche du Kremlin. Ces deux raisonnements défient autant la logique que la bonne foi. 

Le procureur spécial Robert Mueller vient de bouger des pièces importantes dans cette partie entre son équipe et la Maison-Blanche. Manafort est accusé de conspiration pour frauder les États-Unis, d’avoir été l’agent d’un gouvernement étranger sans s’être enregistré comme tel et, surtout, de blanchiment d’argent pour des dizaines de millions de dollars.

Mais il a sorti une carte cachée en révélant qu’un autre conseiller de Trump en politique étrangère, George Papadopoulos, a reconnu avoir menti au FBI à propos de ses contacts avec Moscou, et qu’il avait été informé, dès avril, que les Russes avaient mis la main sur des «milliers de courriels» appartenant à Hillary Clinton.

Ce ne sont que les premières salves, et le procureur avance ses pions avec prudence, laissant entendre que Papadopoulos collabore à l’enquête depuis cet été.

La preuve révèle aussi qu’il tenait ses supérieurs, au sein de la campagne, informés de ses contacts, de la volonté de rapprochement des Russes. Il faut se rappeler que le responsable de l’équipe de politique étrangère pendant la campagne était l’actuel procureur général, Jeff Sessions, qui a encore déclaré sous serment ne rien avoir su à propos de la collusion avec la Russie.

Le pays risque de devenir encore plus dysfonctionnel qu’il ne l’est déjà, dans les mois à venir, si la tension continue ainsi de monter. Quelle sera la légitimité, sa marge de manœuvre du président, si ces révélations, beaucoup plus graves que celles du Watergate, continuent de s’accumuler? Déjà, avant même le dépôt de ces accusations, son appui au sein des électeurs continuait de chuter, à près de 33 % présentement selon le sondage quotidien de Gallup. 

Et surtout, si le président Trump pose des gestes pour faire dérailler l’enquête, le pays risque de s’enfoncer dans une véritable crise constitutionnelle d’une ampleur sans précédent. Le climat politique intérieur est déjà explosif, il y a des risques d’affrontement avec la Corée du Nord. Il suffirait d’une étincelle.