Un pardon, mais encore...

Le mot «pardon», tant espéré par les victimes de prêtres pédophiles, a enfin été prononcé par le pape François qui rencontrait lundi six d'entre elles, au Vatican. Le pontife a demandé pardon pour l'omission des dirigeants de l'Église qui n'ont pas répondu de façon adéquate à des rapports sur des sévices sexuels. Des sévices qui ont causé des douleurs émotionnelles profondes, des dépendances, des difficultés relationnelles, voire des suicides, reconnaît-il. Très bien, mais il faut plus que de bons mots pour se faire pardonner et regagner la confiance.
Au Québec, les paroles du pape ont probablement suscité des sentiments partagés chez les présumées victimes des Rédemptoristes du Séminaire Saint-Alphonse en attente d'un jugement de la cour. D'un côté, l'apaisement d'entendre le pontife parler de pardon après avoir nié pendant des décennies que des hommes de Dieu puissent avoir commis des gestes répréhensibles, criminels, sur de jeunes enfants. De l'autre, la colère de voir la mise en scène du Vatican pour faire baisser la garde, pour inciter des victimes à renoncer aux recours juridiques leur permettant d'épingler les coupables, les forcer à réparer leurs torts, à payer pour les enfances volées, les vies détruites.
Benoit XVI avait amorcé le virage, changé de ton.  En 1998, il avait rencontré un premier groupe de victimes à Washington. Puis d'autres en Australie, à Malte, en Grande-Bretagne et en Allemagne. Il a aussi défroqué des centaines de prêtres. François est toutefois le premier à accueillir les victimes au Vatican et à s'entretenir longuement avec chacune d'elles.
Le message et la symbolique sont forts, mais ne réussissent pas à blanchir l'Église, à garantir que les abus sexuels et les scandales sont derrière elle. Oui, la position du Vatican évolue. Le pape François a mis sur pied en mars une commission d'experts pour la protection des enfants dans les institutions de l'Église où siège une majorité de laïcs, dont des femmes. Mais l'Église traîne avec elle des décennies de silence, de déni, de manoeuvres pour cacher une réalité honteuse. Pour convaincre qu'elle agira dorénavant avec vigilance et protégera les plus faibles, elle doit présenter rapidement un plan de prévention, de dénonciation et d'intervention sans ambiguïté.  
Or, même s'il a dénoncé lundi la complicité et l'indifférence dans la hiérarchie de l'Église, le pape n'a pas annoncé de réforme pour rendre plus efficace la lutte aux pédophiles. Il n'oblige pas les autorités ecclésiastiques à collaborer avec les autorités civiles.
Il faut aussi garder en tête les deux rapports accablants livrés en début d'année par l'Organisation des Nations Unies (ONU). Le Comité contre la torture et celui sur les droits de l'enfant ont reproché au Vatican de ne pas avoir reconnu la portée des crimes commis par des prêtres, qui plus est, d'avoir voulu régler ces cas en famille, sans alerter ou collaborer avec les autorités civiles. L'ONU voudrait que le Vatican dévoile les archives des cas de pédophilie qu'il a traités. 
Et qu'a répondu le Vatican aux remontrances des experts indépendants? Le pape a trouvé l'ONU sévère. Certains ont trouvé que les documents déformaient les faits. D'autres ont signalé que les prêtres ne sont pas des fonctionnaires du Vatican et que les églises locales doivent assumer leurs responsabilités. La réaction officielle : le Saint-Siège prend acte des observations finales et les examinera avec attention. 
Ces réactions atténuent les messages d'espoir et de pardon que s'efforce de transmettre le pape. Il faudra manifestement du temps pour que la culture de transparence et de tolérance zéro à la pédophilie soit ancrée à tous les échelons de la hiérarchie de l'Église. Sans elle, la réconciliation restera impossible.