Le ministre des Finances, Carlos Leitão

Un «mardi fou» préélectoral

ÉDITORIAL / Comment disposer d’un surplus budgétaire difficilement engrangé sans avoir l’air d’acheter des votes? C’est le défi que doit relever le ministre des Finances, Carlos Leitão, lorsqu’il présentera mardi sa mise à jour économique.

Trois jours avant le «Vendredi fou» et un mois avant Noël, la tentation est sans doute forte chez les libéraux de se montrer généreux avec les fonds publics et d’accorder des baisses d’impôt pour rehausser leur popularité dans les intentions de vote. Un «mardi fou» préélectoral pour attirer les Québécois vers leur parti au scrutin de 2018.

Promettre aux citoyens qu’ils auront plus d’argent dans leurs poches a longtemps été une recette gagnante pour séduire les électeurs. Mais est-ce encore le cas? 

Trois années de rigueur — ou d’austérité — budgétaire ont fait réaliser à bien des gens que des services publics de qualité et en quantité, particulièrement en santé et en éducation, sont aussi précieux qu’une baisse d’impôt pour leur bien-être et celui de leurs proches. Certains l’ont appris durement avec le gouvernement Couillard.

Un contribuable a beau avoir 50 $, 100 $ ou même 200 $ de plus après sa déclaration de revenus, cette somme est bien dérisoire s’il doit se tourner vers le privé et défrayer de sa poche les services professionnels qui permettront à son petit dernier de mieux réussir en classe ou à son adolescent d’être suivi rapidement par un psychologue. Si le coût des frais de garde augmente sans amélioration des services, le cadeau fiscal sera vite aussi oublié.

La somme est aussi insignifiante si faute de soins à domicile adéquats, le contribuable doit pallier le manque en s’achetant des services ou, faute de moyens, se résigner à quitter sa résidence.

Avoir dans les poches quelques dizaines de dollars de plus, ça ne rend pas non plus moins tristes et désolantes les visites au centre d’hébergement où vivent les vieux parents si on constate semaine après semaine un manque criant de personnel pour bien s’occuper d’eux.

On a beau aussi s’émouvoir collectivement du mouvement de dénonciations des violences à caractère sexuel dans les médias sociaux ces dernières semaines, si les organismes communautaires qui soutiennent les victimes manquent de ressources, ce n’est pas une réduction des impôts aux particuliers qui va venir à leur secours.

Pour garder de bons services publics et pour éviter que les finances publiques replongent dans le rouge à la moindre perturbation dans l’économie mondiale ou à la suite d’une catastrophe naturelle, il faut éviter de dilapider le surplus budgétaire avec des objectifs à courte vue.

Le premier ministre Philippe Couillard a déjà évoqué un sage équilibre entre allègement fiscal et investissements nécessaires en santé, en éducation et pour épauler la nouvelle économie. 

Mardi, on verra si la sagesse est au rendez-vous ou si elle est mise de côté par le besoin de faire oublier les années «d’austérité», se faire aimer des électeurs et par le désir de ne pas se faire damer le pion par la Coalition avenir Québec dont le chef François Legault s’est déjà dit prêt à utiliser le surplus de plus de 2 milliards $ en baisses d’impôt.

Le gouvernement dévoilera également au cours des prochaines semaines son plan pour lutter contre la pauvreté. Même si l’égoïsme et l’individualisme sont bien présents dans notre société, on note néanmoins une sensibilité accrue aux inégalités sociales et à ses contrecoups. 

Certes, le Québec se classe bien en matière de partage de la richesse. Ses deux premiers plans de lutte à la pauvreté et à l’exclusion sociale n’ont cependant pas atteint leurs objectifs. Il serait illusoire de penser qu’une économie forte, un bas taux de chômage et des primes à l’emploi règlent tout.