Un bon deal

Aux grands maux, les grands remèdes. Changement de dirigeants, des règles de gouvernance, de ton et d'image. La FTQ et le Fonds de solidarité ont enfin compris qu'ils couraient à leur perte s'ils ne donnaient pas le coup de barre nécessaire pour regagner la confiance des investisseurs. Le légendaire président de la FTQ et fondateur du Fonds, Louis Laberge, ne devrait pas se retourner dans sa tombe. C'est un bon «deal» pour les actionnaires, les travailleurs, les entreprises ayant besoin de capital patient, et l'économie du Québec.
En pleine campagne de souscription au REER, la FTQ et le Fonds mettent le paquet et acceptent de rompre avec le passé pour garder leurs billes et dépasser les 10milliards $ d'actif. Ils ne négligent ni le fond ni la forme. Aux investisseurs potentiels et aux 610 000actionnaires de juger si cela suffit. Aux parlementaires de bonifier si nécessaire le plan soumis et de le concrétiser rapidement dans un projet de loi.
Modification majeure, c'est un homme du milieu des affaires et soucieux de saine gouvernance, Robert Parizeau, le frère de Jacques, qui présidera le conseil d'administration du Fonds. Le président de la FTQ, qui avait toujours occupé ce poste depuis 30 ans, cède sa place. Changement de profil professionnel, changement de style et de langage. Le temps des doubles fonctions est révolu, l'apparence de conflits d'intérêts corrigée. Ainsi le veulent les règles de gouvernance d'aujourd'hui. Commission Charbonneau ou non, la division devait se faire.
Autre coup de balai, le président-directeur général du Fonds, Yvon Bolduc, doit partir avant la fin de son mandat. Même s'il avait modifié les règles de gouvernance en 2009 et assuré de bons rendement aux actionnaires, les conversations rapportées à la commission Charbonneau le condamnaient à un départ précipité. Un pdg qui avait démontré si peu d'autorité morale devant les Lavallée et Arsenault ne pouvait rester en poste. Son successeur sera choisi par un comité coprésidé par M. Parizeau et le président de la FTQ.
La FTQ et le Fonds suggèrent aussi des modifications à la composition du conseil d'administration. Frime, car la FTQ va tenter d'imposer ses choix dans le processus de sélection des membres choisis par les actionnaires? À l'assemblée générale d'être vigilante, de veiller à ses intérêts et d'écarter les candidats de la filière syndicale si elle estime qu'ils n'ont pas les compétences et l'expérience requises.
Le Fonds de solidarité de la FTQ perd-il son âme, se dénature-t-il avec de tels chambardements? Il tente d'assurer sa croissance. La commission Charbonneau n'est pas seule à déstabiliser l'organisation. Le gouvernement Harper mettra fin d'ici 2017 au crédit d'impôt de 15 % accordé à l'achat d'actions de fonds de travailleurs. Le Fonds de la FTQ, comme celui de la CSN, perdront ainsi quelque peu de leur attrait et de leur capacité de réinjecter de l'argent dans des entreprises.
Plusieurs actionnaires ont aussi atteint l'âge de la retraite et retirent leur argent du Fonds. L'organisation doit donc rajeunir son actionnariat. Pour cela, la confiance est essentielle. Pour attirer de nouveaux cotisants, il est aussi important de préserver la capacité de la FTQ d'inciter ses membres à l'épargne. En 2012-2013, 850 millions $ supplémentaires ont été confiés au Fonds. Sa deuxième meilleure année dans toute son existence.
«Le Fonds ne serait pas ce qu'il est et ne pourrait continuer à se développer à long terme sans l'appui indéfectible de la FTQ», rappelle sagement Robert Parizeau. Une phrase que les parlementaires devront garder en tête lorsqu'ils feront le tri dans les propositions du Fonds et de la FTQ. Tony Accurso et Claude Blanchet ne sont pas les deux seules personnes au Québec à avoir reçu l'aide du Fonds. Il faut faire la part des choses et penser à l'avenir.