Un arrière-goût de soda

Depuis qu'il est au pouvoir, le gouvernement conservateur de Stephen Harper ne rate pas une occasion de défendre l'État hébreu, poussant le bouchon pro-israélien toujours un peu plus loin à chacune de ses déclarations. Quitte à verser dans la provocation.
Sur son compte Twitter, lundi, le ministre Jason Kenney a exhibé fièrement son plus récent achat : une machine vendue par l'entreprise israélienne Soda Stream qui sert à fabriquer des boissons gazeuses à la maison. Trois jours avant, il avait demandé à ses abonnés où il pouvait se procurer la fameuse machine.
Le problème? L'usine principale de Soda Stream se trouve en plein territoire palestinien occupé.
Lorsque le ministre Kenney a envoyé ces messages, Oxfam venait de dénoncer l'association entre l'actrice américaine Scarlett Johansson, qui était jusqu'à tout récemment ambassadrice pour l'organisme, et la multinationale israélienne.
Dans un communiqué, Oxfam explique que le fait que Scarlett Johansson fasse des publicités pour Soda Stream est incompatible avec son rôle d'ambassadrice, l'organisme étant «opposé à tout échange commercial avec des colonies israéliennes, illégal en vertu du droit international». Selon l'ONG, les entreprises qui exercent leurs activités dans les colonies aggravent la situation de pauvreté et les atteintes aux droits des communautés palestiniennes.
Sur Twitter, lundi, le ministre Kenney a poussé la provocation jusqu'à remercier Oxfam de lui avoir fait connaître la machine à boissons gazeuses de Soda Stream... Édifiant.
Non seulement est-il parfaitement déplacé que le ministre du Multiculturalisme, qui est aussi responsable de l'emploi et du développement social, fasse d'une part la promotion d'une entreprise et d'autre part un pied de nez à une organisation comme Oxfam, mais il est aussi et surtout extrêmement gênant qu'il tienne ce genre de propos au beau milieu des difficiles négociations entre Israéliens et Palestiniens, sachant du reste pertinemment que l'implantation de colonies en Cisjordanie est généralement considérée comme un frein au processus de paix.
«Le Canada est un ardent défenseur du processus de paix au Moyen-Orient», peut-on lire sur le site Internet du ministère des Affaires étrangères. Si c'était encore le cas, le gouvernement canadien n'appuierait pas sans discernement les pires politiques de l'État hébreu. Et il se garderait de jeter de l'huile sur le feu israélo-palestinien comme il vient de le faire en s'invitant dans la polémique de Soda Stream.
Le député bloquiste Jean-François Fortin a peut-être donné un coup d'épée dans l'eau la semaine dernière en demandant à la Chambre des communes de condamner unanimement les prises de position de Stephen Harper sur Israël, mais sur le fond, sa motion exhortant le gouvernement canadien à revenir à une position «juste, équitable, nuancée et respectueuse du droit international et des droits humains» n'en demeurait pas moins tout à fait justifiée.
Le Canada a toujours été un allié naturel d'Israël. Malheureusement, sous les conservateurs, cette alliance a pris une tournure particulièrement malsaine. À tel point que le négociateur en chef de l'Autorité palestinienne, Saeb Erekat, considère que le Canada est maintenant «une partie du problème et non de la solution» dans le règlement du conflit israélo-palestinien. «Qu'avons-nous fait aux Canadiens? Qu'avons-nous fait pour que les Canadiens deviennent encore plus israéliens que les Israéliens eux-mêmes?» déplorait Erekat dans une entrevue accordée mi-janvier à CTV.
Vivement le retour à un rôle plus équilibré et plus positif du Canada dans le conflit israélo-palestinien. Les Israéliens ont le droit de vivre en paix et en sécurité, pour reprendre la formule consacrée du gouvernement Harper. Les Palestiniens aussi.