Le ministre des Finances Bill Morneau

Très mince marge de manœuvre

ÉDITORIAL / Le ministre des Finances Bill Morneau devait trouver une réponse pour rassurer les milieux économiques canadiens, face aux réductions d’impôt accordées par l’administration Trump aux États-Unis. Avec la mise à jour économique, présentée mardi, M. Morneau ne fait pas l’erreur de reproduire aveuglément ces allègements fiscaux.

Ottawa agit sagement en maintenant les taux d’imposition à leur niveau actuel. Il serait très facile d’accorder une baisse de taxes pour plaire aux entreprises, mais c’est une autre histoire quand vient le temps de rehausser les impôts.

De toute façon, le Directeur parlementaire du budget (DPB), Yves Giroux, avait déjà observé en octobre que les mesures fiscales de notre voisin n’avaient pas — ou pas encore — eu d’impact négatifs tangibles sur les investissements canadiens. Par ailleurs, les cadeaux faits par le président des États-Unis ont été plus bénéfiques aux dirigeants d’entreprises qu’à l’économie elle-même.

M. Morneau a ciblé des mesures qui s’appliqueront pour de nouveaux investissements, plutôt que d’accorder des allègements pour des investissements déjà réalisés. Ce programme coûterait près de 5 milliards $ la première année, en 2019, pour ensuite diminuer progressivement.

Ni le Canada ni les États-Unis ne tireront de grand avantage de cette générosité fiscale, qui ne fait que grossir nos déficits respectifs. Celui des États-Unis devrait atteindre 1 trillion $ en 2019. Le Canada prévoit un déficit de 18 milliards $ cette année et pour les cinq prochains exercices, les déficits prévus ajouteront plus de 80 milliards $ à la dette.

M. Morneau se console à l’idée que le ratio de la dette au Produit intérieur brut devrait malgré tout diminuer pendant cette période, mais nous sommes sur le fil du rasoir, en réalité.

L’OCDE redoute un ralentissement «brutal» de l’économie, en raison notamment du protectionnisme de l’administration Trump et des guerres commerciales que cette politique entraîne. De quelle marge disposerait alors le Canada, si le retour à l’équilibre budgétaire est impossible à prévoir quand l’économie se porte bien?

Si une récession se confirme d’ici une ou deux années, comme le pensent plusieurs économistes, où le gouvernement ira-t-il chercher les fonds lui permettant de stimuler son économie pendant la tempête? Cette question est encore hypothétique, mais elle risque de devenir bien réelle avant longtemps.

Soutenir les médias

Cela nous place dans un contexte délicat pour justifier l’aide accordée par le gouvernement aux médias comme Le Soleil. Et pourtant, nous croyons que cet appui est bien placé.

La crise que nous traversons menace la survie d’un rouage essentiel à notre système démocratique : l’information. Les compressions dans les salles de rédaction, les fermetures de médias, se multiplient à travers le pays. C’est un problème structurel qui n’est pas provoqué par l’obsolescence des médias, mais par un déplacement des revenus vers des plateformes qui ne produisent aucun contenu.

Les médias d’information se sont toujours appuyés sur la publicité pour investir dans la production de dossiers, de nouvelles, pour couvrir l’actualité. Les monopoles numériques nous obligent à revoir ce modèle, mais dans l’immédiat, si rien n’est fait, la majorité d’entre nous n’auront bientôt plus les moyens de soutenir financièrement la couverture de l’actualité.

Cela nous oblige à faire des choix difficiles, et imparfaits.

Certains croient que cette aide risque d’entraver la liberté de presse. Mais comme pour n’importe quel programme gouvernemental, des balises peuvent être mises en place pour éviter la politisation. Le gouvernement a annoncé des mesures qui permettront aux entreprises de presse de stabiliser leurs ressources à tout le moins. Ce n’est peut-être pas un modèle à long terme, mais il faut commencer par stopper l’hémorragie.