La photo de famille du G20, où l'on ne retrouve que quatre femmes, est un triste rappel de la difficile accession des femmes au monde politique.

Trente-trois gars, quatre filles...

ÉDITORIAL / «Les femmes et les filles peuvent changer le monde, et c'est l'un des messages que je porterai au G20 en fin de semaine» a déclaré Justin Trudeau jeudi, à son arrivée à Hambourg. On veut bien applaudir aux propos du premier ministre, mais le défi est de taille si on se fie à la photo de famille des participants à cette rencontre internationale. Trente-trois hommes et quatre femmes... C'en est gênant.
Pour ceux que ça intéresse, seulement trois de ces femmes sont à la tête de leur pays, soit Angela Merkel de l'Allemagne, Theresa May du Royaume-Uni, et Erna Solberg de la Norvège. La quatrième femme du groupe est Christine Lagarde du Fonds monétaire international.
Évidemment, ce n'est pas à ce groupe que référait Justin Trudeau en parlant du rôle des femmes dans le sort de la planète. Il référait à la nouvelle politique d'aide internationale de son gouvernement qui visera particulièrement les femmes et les filles des pays récipiendaires. C'est un heureux changement par rapport aux politiques de Stephen Harper qui a bloqué le financement des programmes d'aide à l'avortement dans les pays en voie de développement.
Mais la photo de famille du G20 est un triste rappel de la difficile accession des femmes au monde politique.
Ce sommet du G20 devrait également nous ouvrir les yeux sur la folie de tenir de tels événements dans les milieux urbains. Les manifestations monstres de jeudi et vendredi à Hambourg nous rappellent, en plus grand, celles du Sommet des Amériques d'avril 2001 à Québec. Les chefs d'État et de gouvernement ont beau être tenus à l'abri des manifestants, il est contre-productif de soumettre les villes et leurs populations à de tels affrontements avec les forces de l'ordre. Pire encore, la tenue de tels événements dans les milieux urbains augmente les coûts : il en a coût plus de 1 milliard $ pour recevoir le G20 à Toronto en 2010, dont 900 millions $ uniquement pour la sécurité. Imaginez un peu la facture qui attend l'Allemagne cette année : 20 000 policiers ont été mobilisés pour l'occasion, et il a fallu faire appel à la police autrichienne jeudi, à cause de l'ampleur des manifestations.
Faut-il mettre fin à ces rencontres internationales? Faut-il trouver un autre modèle? Il y a des années qu'on se pose la question, mais en vain. Il est essentiel que les chefs d'État et de gouvernement se rencontrent. Il serait impensable de laisser aux seuls diplomates le mandat de régler le sort du monde. Les relations personnelles à ce niveau sont aussi importantes qu'elles le sont dans la vie des citoyens ordinaires. Quand la chimie est bonne et que la confiance s'installe entre deux individus, il est beaucoup plus facile de régler les contentieux.
On n'a aucune idée, par exemple, des résultats concrets de la rencontre de vendredi entre Donald Trump et Vladimir Poutine. Mais cette rencontre était essentielle : «Nous avons parlé au téléphone, mais les conversations téléphoniques ne sont jamais suffisantes», a dit Poutine. C'est vrai à leur niveau comme ce l'est pour tout le monde. Achèteriez-vous une maison ou une automobile au téléphone sans rencontrer le vendeur? Bien sûr que non. C'est la même chose sur la scène internationale. C'est au fil des ans et de leurs rencontres que les leaders apprennent à se connaître, et parfois à se faire confiance. Quand c'est possible, tout devient possible.
Il faut donc applaudir à ces rencontres internationales, mais pas nécessairement aux formules actuelles. À ce chapitre, il est bon que le prochain sommet du G7 se tienne dans Charlevoix. Il y aura sans doute des manifestants, mais il sera beaucoup plus facile d'en assurer la sécurité.