Tous contre une

Depuis le début de cette campagne électorale, rien ne semble vouloir sourire au gouvernement péquiste qui a pourtant déclenché ces élections générales. Or, malheureusement pour Pauline Marois, ce n'est certainement pas la soirée de jeudi qui va redonner un sérieux élan ascendant à sa formation politique.
La première ministre savait bien sûr qu'elle serait défiée par ses vis-à-vis sur le plateau de Radio-Canada puisque c'est elle qui est aux commandes depuis 18 mois et qui doit donc répondre de l'action ou de l'inaction du gouvernement. Cependant, elle s'attendait sans doute à ce que les attaques soient quand même un peu mieux réparties entre elle et Philippe Couillard, étant donné que les sondages suggèrent que les libéraux sont sur une certaine relance.
La réalité est que la première ministre s'est retrouvée largement soumise à un tir nourri de critiques qui ne lui ont finalement laissé que bien peu de chances de s'expliquer et de mettre en valeur les réalisations et les engagements du Parti québécois. La chef péquiste a en effet passé l'essentiel de sa soirée sur la défensive.
Que ce soit sur la pertinence des investissements dans l'énergie éolienne, sur l'abolition partielle de la taxe santé, sur la création d'emplois à temps plein ou sur la tenue ou non d'un référendum dans le premier mandat, Mme Marois n'a vraiment pas été en mesure d'imposer son argumentaire ni même de contre-attaquer avec efficacité.
Oui, bien sûr, sa ligne bien préparée sur Fatima Houda-Pepin, «la seule femme à avoir perdu son travail au Québec à cause de la charte» a fait mouche, mais c'était trop peu, trop tard.
Il faut avouer à sa décharge que, tout au long de ce débat, tant Philippe Couillard que François Legault ont adopté une attitude très agressive qui a laissé bien peu de chances à la chef péquiste de s'expliquer clairement. Mme Marois a notamment été interrompue plus souvent qu'à son tour.
Pire, il n'y a eu que bien peu d'alliés occasionnels pour elle sur ce plateau, quelle que soit la thématique. Pourtant sur l'éthique libérale ou sur la valse-hésitation de Philippe Couillard sur certains dossiers, dont la question constitutionnelle, il y avait une belle prise pour déstabiliser le chef libéral.
Et quelle rebuffade essuyée de la part de Françoise David à qui elle tendait la main sur le thème de la gouvernance. L'éthique, s'est fait servir Pauline Marois, c'est aussi la cohérence. Entre les casseroles et le carré rouge du printemps érable et l'entrée en scène de Pierre Karl Péladeau, il y a bel et bien un incompréhensible changement de cap à 180 degrés.
Philippe Couillard a pour sa part traversé ce débat sans s'imposer comme un incontournable premier ministre, mais sans gaffer non plus. Il a certes été déterminé, mais n'a pas hésité à utiliser les faux-fuyants et les petites attaques un peu vicieuses.
La partie semble jouée pour ce qui est de François Legault qui n'a pas tort sur la nécessité du coup de barre, mais dont les solutions laissent très sceptiques.
Encore une fois, la maturité et le respect de Françoise David ont été exemplaires dans ce débat, même si le programme de son parti apparaît un peu débranché du réel.
On peut être ce matin sceptique de l'intérêt de ce débat où les politiciens habiles esquivent les questions et se laissent aller aux accusations plus ou moins fondées, mais
le débat des chefs demeure malgré tout un exercice utile et pertinent, tout cacophonique qu'il soit pendant plusieurs minutes. Il y a là un point de rassemblement pour les électeurs qui sont moins assidus de l'actualité politique et qui prennent le temps de s'asseoir pour écouter ceux qui réclament leur vote.