Tirer une leçon de L'Isle-Verte

Les Québécois sont solidaires et capables d'intervenir rapidement et efficacement lors d'une tragédie comme celle qui frappe la communauté de L'Isle-Verte. On ne lésine pas sur les moyens. Il est impérieux que nous mettions collectivement autant d'empressement et de volonté à prévenir et à limiter les dangers qui guettent les personnes âgées.
«Trente personnes qui décèdent, c'est un drame, mais c'est aussi un enseignement sérieux, très sérieux comme société», affirmait jeudi la ministre Agnès Maltais. Aurons-nous la sagesse de tirer les leçons qui s'imposent?
Lorsque les victimes seront dégagées de leur cercueil de glace, lorsque les images de cette nuit mortelle seront bousculées par d'autres, lorsque les larmes seront séchées, que restera-t-il de notre empathie, de notre effroi devant le sort atroce réservé aux femmes et aux hommes vulnérables en raison de leur âge et de leur état de santé?
Notre attention se détourne souvent trop rapidement des citoyens en fin de parcours. On trouve admirable et touchant le comportement de Jean-Eudes Fraser, ce fils qui a risqué sa vie pour sauver sa mère prisonnière des flammes, mais on préfère oublier qu'ailleurs, des aînés subissent l'indifférence et la négligence de leurs proches.
Va-t-on une fois de plus procéder aux changements avec lenteur, calculette en mains? Comme on le fait dans le cas de la tragédie de Lac-Mégantic (47 morts), où les compagnies ferroviaires estiment trop onéreux de mettre rapidement au rancart les wagons-citernes DOT-111, inadéquats pour transporter le pétrole de façon sécuritaire. Elles se donnent un délai de 10 ans alors que la vie d'une ville et de ses habitants a basculé dans une seule nuit...
On ignore encore les causes du lourd bilan à L'Isle-Verte. Même si les propriétaires de l'établissement avaient une certification gouvernementale et même s'ils jouissent d'une bonne réputation, le drame révèle que les exigences de Québec sont encore insuffisantes.
Des dizaines de personnes de plus de 80 ans, de surcroît à mobilité et à capacités réduites, ne peuvent fuir un incendie en pleine nuit en l'espace de 10, 15 minutes. Des propriétaires de résidences pour personnes âgées en sont bien conscients, et leur association réclame depuis des années que des gicleurs soient exigés, que la clientèle qu'ils desservent soit autonome, semi-autonome ou non autonome. Une telle distinction est d'ailleurs bien relative et discutable.
Ils réclament à Québec d'assumer une partie des frais, les propriétaires de petites résidences, notamment dans les villages, étant incapables de payer la note. Selon un relevé effectué par La Presse, plus de la moitié des résidences pour aînés ne sont pas équipées de gicleurs. Un comité étudie la question. Pour combien de temps encore?
Le Québec a certes réalisé des progrès en instaurant la certification des résidences. Faut-il rappeler que le processus a été long et qu'il est inachevé? Il découle d'une recommandation de la Commission des droits de la personne en 2001, a été enclenché en 2007, et certaines mesures entreront en vigueur en 2018. Certains propriétaires trouvant les exigences trop lourdes préfèrent renoncer à la certification et à l'accueil de personnes en perte d'autonomie. Or, celles-ci ne déménagent pas pour autant. Elles doivent bien loger quelque part. Mais dans quelles conditions?
Les conditions de vie des aînés ont été scrutées à maintes reprises. Coroner, Protecteur du citoyen, Vérificateur général, Commission des droits de la personne, commissions parlementaires, consultation publique. Nous connaissons les besoins et l'ampleur des changements qu'impose le vieillissement de la population, dont plus du quart aura plus de 65 ans dans moins de 20 ans. Qui doute encore qu'il y a un coût humain à laisser traîner les choses?