Justin Trudeau a beau se présenter en «Superman» au parlement, avec les révélations des Paradise Papers qui pointent de grands argentiers du Parti libéral du Canada, il aura bien du mal à convaincre les contribuables canadiens qu’il sera le super-héros de la lutte contre l’évasion fiscale et l’évitement fiscal abusif, écrit notre éditorialiste.

Superman et les paradis fiscaux

ÉDITORIAL / Justin Trudeau a beau se présenter en «Superman» au parlement, avec les révélations des Paradise Papers qui pointent de grands argentiers du Parti libéral du Canada, il aura bien du mal à convaincre les contribuables canadiens qu’il sera le super-héros de la lutte contre l’évasion fiscale et l’évitement fiscal abusif.

Bien sûr, le chef du gouvernement libéral s’est engagé à combattre ce fléau qui prive le Canada et nombre de pays de revenus qui seraient fort utiles pour remplir leurs diverses missions et pour soulager le fardeau des contribuables de la classe moyenne.

Lundi, à la période des questions aux Communes, tant le premier ministre Trudeau que sa ministre responsable du Revenu national et de l’Agence du revenu du Canada, Diane Lebouthillier, ont répété inlassablement que le gouvernement avait investi 1 milliard $ dans cette lutte depuis deux ans et que les résultats étaient au rendez-vous.

Près de 25 milliards $ récupérés, 627 enquêtes criminelles engagées, 268 mandats de perquisition, 78 condamnations. Les libéraux soutiennent qu’ils veulent un système juste et équitable pour tous les Canadiens. Serez-vous davantage convaincus qu’Ottawa combat efficacement et autant qu’il le peut les paradis fiscaux si M. Trudeau et sa ministre rejouent leur cassette 50 fois?

Plusieurs avaient déjà des doutes sur la volonté politique des gouvernements — celui de M. Trudeau et les précédents — de mettre fin aux avantages et aux stratagèmes dont profitent les plus riches pour payer moins d’impôt. La fuite des Paradise Papers et les gros noms qu’elle dévoile accentueront le sentiment d’impuissance et d’injustice qui anime les «petits» contribuables.

Lorsqu’ils voient défiler les noms d’anciens premiers ministres comme Paul Martin, Jean Chrétien et Brian Mulroney, ils comprennent pourquoi le Canada a tardé à s’attaquer plus énergiquement aux paradis fiscaux. Lorsqu’ils lisent que le chef du financement du Parti libéral du Canada (PLC), Stephen Bronfman, et l’ex-sénateur libéral Leo Kolber seraient liés à une fiducie de plus de 60 millions $US aux îles Caïmans, la promesse de Justin Trudeau a du plomb dans l’aile. Et ce, même si certaines personnes visées nient les informations livrées par le Toronto Star et CBC/Radio-Canada.

Au printemps 2016, lorsque l’enquête des Panama Papers faisait les manchettes, la ministre Lebouthillier s’était dite «très contente». Son chef et elle doivent l’être moins aujourd’hui de voir que des libéraux se retrouvent sur la sellette avec les Paradise Papers. Le gouvernement Trudeau l’a eu difficile ces dernières semaines avec la réforme fiscale du ministre Bill Morneau et ses propres omissions sur ses avoirs. La torture risque de se poursuivre cette semaine.

L’opposition continuera de marteler que les libéraux font payer les honnêtes familles et les travailleurs du commerce de détail qui obtiennent des rabais de leurs employeurs, alors que des amis de la famille libérale recourent à des fausses factures et tenues de livres pour déjouer le fisc.

Deux poids, deux mesures. Qu’un porte-parole du PLC indique que Stephen Bronfman est un bénévole et qu’il ne participe pas à l’élaboration des politiques ne rassurera personne.

La ministre Lebouthillier assure que son gouvernement ne protège personne, que les lois s’appliquent à tous. Pour que tous les Canadiens paient leur dû, il faudrait s’assurer que la législation est toujours adéquate, qu’elle n’est pas remplie de trous et qu’elle ne laisse pas trop de place à l’imagination et aux interprétations.

Le gouvernement est fier de dire qu’il a investi 1 milliard $ et récupère 25 milliards $ depuis deux ans. Peut-être faut-il investir davantage pour atteindre de meilleurs résultats.