Pour éviter la surcharge et l’épuisement des infirmières, la nouvelle ministre de la Santé, Danielle McCann, compte augmenter le nombre de postes à temps plein, mettre fin aux heures de travail supplémentaires obligatoires, prévoir des ratios infirmières-patients plus humains et plus sécuritaires.

Soigner aussi les «soignants»

ÉDITORIAL / Les employés du réseau de la santé, ceux qui normalement devraient nous soigner, sont mal en point. Le ratio d’heures en assurance salaire (le RHAS dans le jargon du ministère) a augmenté en 2017-2018 de 18 % par rapport à 2015-2016. La facture pour l’année : 555 millions $. La nouvelle ministre de la Santé, Danielle McCann, se dit «extrêmement préoccupée». Avec raison.

Comment en effet espérer améliorer l’accès, la qualité et la continuité des services sociaux et de santé offerts aux patients du Québec, si le personnel du réseau de la santé est malade, en détresse, et que le nombre d’absences au travail augmente sans cesse?

Contrairement à son prédécesseur, Mme McCann semble comprendre que mieux traiter les «soignants» et préserver leur santé physique et mentale peut contribuer à rehausser les services à la population, augmenter la productivité, réduire les accidents de travail et les risques d’erreurs.

Participant au récent congrès de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, la ministre a affirmé que son gouvernement voulait soutenir le personnel, entre autres les infirmières. À ces dernières, elle dit vouloir redonner une qualité de vie. 

Son message a dû être de la musique aux oreilles de plusieurs employés du réseau de la santé. Plusieurs doivent également souhaiter que les bonnes intentions de la ministre ne se limitent pas au personnel infirmier. 

Les infirmières n’ont pas le monopole de la détresse et des absences pour maladie. Les conditions de travail, l’organisation du travail et les réformes dans le réseau affectent aussi la santé de préposés aux bénéficiaires, de médecins, d’inhalothérapeutes, de gestionnaires et autres employés. 

Au printemps 2017, Le Soleil faisait état que les congés de maladie étaient en constante augmentation depuis trois ans, et ce, dans toutes les catégories d’emploi, y compris chez les cadres. En 2016-2017, le premier motif pour réclamer un congé était un diagnostic de maladie mentale.

En décembre, les médias rapportaient de plus que la détresse était aussi en hausse chez les médecins. Le Programme d’aide aux médecins avait enregistré une augmentation de 40 % de nouveaux cas. Les données pour la dernière année ne sont pas encore disponibles.

Le ministre Gaétan Barrette avait tenté l’an dernier de dédramatiser la situation. Il avait vu dans les appels à l’aide des médecins le signe qu’un tabou était brisé, que les médecins osaient enfin exprimer leur détresse psychologique. 

Peut-être est-ce le cas. Toutefois, il est difficile d’exclure que les pressions exercées sur le système depuis 2014 puissent expliquer une partie du phénomène. La résistance aux changements ne peut non plus tout expliquer.

Pour éviter la surcharge et l’épuisement des infirmières, Mme McCann compte pour sa part augmenter le nombre de postes à temps plein, mettre fin aux heures de travail supplémentaires obligatoires, prévoir des ratios infirmières-patients plus humains et plus sécuritaires.

Reste à voir ce qu’elle proposera et concrétisera pour les autres catégories d’emploi.

Certains centres intégrés de santé et de services sociaux peuvent l’inspirer puisqu’ils atteignent déjà le ratio cible de RHAS fixé à 5,90 pour 2018-2019. Ce ratio est pour 2017-2018 à 7,42, précise le ministère de la Santé. 

Des solutions existent. Il faut pouvoir les transposer et les adapter à chacun des établissements.

Si la volonté de la ministre de réduire le nombre de congés de maladie se maintient, Québec devrait pouvoir réduire sa facture d’assurance. Les fonds pourront être utilisés à d’autres fins dans un système de santé déjà fortement sollicité.