Sauver le Parti québécois

Le débat des candidats à la chefferie du Parti québécois, la semaine dernière à l'Impérial de Québec, a illustré la difficulté du choix qu'auront à faire ses membres dans moins d'un mois, et le défi qui attend celui ou celle qui prendra la tête de la formation.
Le PQ se cherche, il sent le besoin de se réinventer. C'est l'impression que laisse le discours des candidats, qui décrivaient un parti qui s'est éloigné des mouvements syndicaux (Martine Ouellet), qui n'a pas cessé de perdre des appuis depuis 1998 (Alexandre Cloutier).
«Il s'est creusé des fissures importantes entre le parti et la jeunesse québécoise, entre le PQ et la population issue de l'immigration», disait Pierre Céré. «Il faut sauver le PQ!» a-t-il lancé, en évoquant le titre du film Il faut sauver le soldat Ryan.
À Québec, Pierre Karl Péladeau a semblé être en terrain conquis. C'est lui qui récoltait les applaudissements les plus nourris, et Bernard Drainville s'est attiré des huées quand il a trop insisté pour forcer son adversaire à envisager de retarder un éventuel référendum au-delà d'un premier mandat comme gouvernement.
Le dilemme auquel sont confrontés les aspirants chefs est concret et mesurable. Il se compte en années, et plusieurs y ont fait allusion : trois ans dans l'opposition et, advenant une victoire, quatre ans au pouvoir, ça fait sept ans. Onze ans dans l'éventualité d'une défaite électorale en 2018. Une éternité pour des membres qui rongent leur frein depuis trop longtemps déjà, ce qu'a bien compris M. Péladeau.
«Tu dois écouter ce que nous disent les militants, a-t-il répondu à Bernard Drainville. Ils veulent travailler sur la souveraineté. On ne doit pas s'enfarger dans la mécanique référendaire, comme l'a dit M. Parizeau.»
«On s'est plantés, aussi», a maugréé son vis-à-vis.
Les autres candidats sont aussi conscients qu'ils pourront difficilement maintenir la cohésion du parti s'ils ne trouvent pas le moyen de canaliser les énergies des militants dans la réalisation du projet qui leur tient à coeur.
Martine Ouellet veut «réécrire l'article 1» du programme du PQ, pour qu'un référendum ait lieu dès le premier mandat d'un gouvernement péquiste. Elle propose aussi que les congrès du parti aient lieu aux deux ans.
Pour répondre aux attentes des militants, Bernard Drainville et Pierre Karl Péladeau sont tous deux prêts à se lancer dans la rédaction de la constitution d'un Québec indépendant avant même la prochaine élection, en 2018.
Ce fut le débat le plus vigoureux depuis le début de cette campagne, parce que l'échéance approche rapidement, mais surtout parce que le sujet abordé est une question de vie ou de mort pour la formation politique. Les militants choisiront celui ou celle qui se montrera le plus apte à les convaincre que l'objectif est à leur portée, à l'intérieur d'un délai acceptable.
M. Péladeau, qui reste encore le favori à ce stade de la course, compte sur la mise sur pied de son institut de recherche pour développer des arguments grâce auxquels les militants pourraient convaincre les électeurs qu'ils seront plus riches et mieux traités dans un Québec souverain. Il a été piqué au vif quand Pierre Céré s'est moqué de son institut de «mathématiques quantiques» de la souveraineté. Pierre Karl Péladeau, lui, en fait le pivot de sa stratégie en vue des prochaines élections.
Les militants péquistes aiment bien regarder au-delà de 2018, mais l'horizon en ce moment s'arrête là. Trois ans et demi pour mettre le parti au diapason de l'électorat, ou vice-versa, c'est à la fois très long et très court, quand il reste si peu de place pour l'erreur.