S’il y a une chose qu’un gouvernement «d’entrepreneurs» doit savoir, c’est qu’on ne change pas unilatéralement et impunément les termes d’un contrat. Et ce, même s’il estime, avec raison, que le gouvernement précédent «de médecins» s’est montré trop généreux.

Santé: évitons les tribunaux

S’il y a un dossier où l’improvisation et l’empressement sont à éviter, c’est bien celui concernant les médecins spécialistes. La population réclame un meilleur accès aux soins de santé et une répartition juste des fonds publics. Pas d’un affrontement où ni le gouvernement Legault ni les malades ne sont assurés de faire des gains.

S’il y a une chose qu’un gouvernement «d’entrepreneurs» doit savoir, c’est qu’on ne change pas unilatéralement et impunément les termes d’un contrat. Et ce, même s’il estime, avec raison, que le gouvernement précédent «de médecins» s’est montré trop généreux.

Lucien Bouchard, qui a été le mentor de François Legault, mais qui représentait aussi la Fédération des médecins spécialistes lors des dernières négociations avec le gouvernement Couillard, n’a sans doute pas besoin de lui rappeler.

Se lancer dans une bataille devant les tribunaux est coûteux, le gouvernement n’a pas la garantie de gagner sa cause et de pouvoir offrir de meilleurs services à la population.

Dire une chose une semaine, et une autre la suivante, n’est pas non plus un gage de relations de confiance et de collaboration fructueuse.

Or, le gouvernement Legault souffle aussi le chaud et le froid dans le dossier des médecins spécialistes. Dans l’opposition, la Coalition avenir Québec disait qu’elle rouvrirait l’entente pour récupérer 1 milliard $ qui lui permettrait de compenser la baisse de taxes scolaires, voire, réduire les impôts.

Élu, M. Legault adoucissait toutefois le ton et se montrait plus réaliste. Il attendrait les résultats de l’étude comparative menée par l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS), attendus pour l’automne 2019, avant de commencer à négocier. Sa ministre de la Santé, Danielle McCann prônait aussi la collaboration.

Cette semaine, le ton s’est durci. M. Legault et son président du Conseil du Trésor, Christian Dubé, ont annoncé le gel de la rémunération des 10 000 médecins spécialistes et que les augmentations prévues seraient mises en fiducie jusqu’à temps que les parties conviennent d’une nouvelle entente.

Selon la Fédération des spécialistes, il n’y a pas d’augmentation avant 2023. Les fonds prévus — quelque 125 M$ — seraient plutôt destinés à la gestion du réseau ou à des services directs aux citoyens, notamment en région.

Une fois de plus, les représentants des médecins ont réussi à obtenir un contrat blindé. La Fédération peut maintenant accuser Québec de vouloir couper dans les services à la population.

Elle lui donne le mauvais rôle et se dit prête à s’adresser aux tribunaux pour faire respecter l’entente et donner des services.

Un gouvernement «d’entrepreneurs» sera jugé sur ses résultats. L’équipe Legault a donc tout intérêt à accroître l’accès aux soins, à éviter les bris de services, à mieux faire fonctionner le réseau de la santé, et non à le ralentir.

Le gouvernement doit certes être ferme avec les médecins, mais au bon moment. Lorsqu’il aura tous les outils en main — l’étude de l’ICIS — et lorsqu’il devra à son tour négocier de nouveaux contrats.

Entre-temps, il doit veiller à ce que le ministère de la Santé et des Services sociaux, ainsi que la Régie de l’assurance-maladie du Québec (RAMQ), fonctionnent rondement pour s’assurer que les sommes versées aux médecins omnipraticiens et aux spécialistes sont utilisées judicieusement.

En 2015, la Vérificatrice générale avait déposé un rapport fort critique sur la conception et le suivi des ententes de rémunération des médecins de la part du ministère. Elle avait également pointé du doigt les faiblesses de la RAMQ dans l’administration et le contrôle de cette rémunération.

Un rapport de suivi est attendu cet automne. À suivre.

Le gouvernement doit être ferme avec les médecins spécialistes, mais au bon moment