Réhabilitation policière

Le Québec doit ajouter la Sûreté du Québec à sa grande opération de dépoussiérage des pratiques et des moeurs. Toutes les institutions ont le défi de regagner la confiance du public. Pour ce faire, il est essentiel que la «police provinciale» ne soit pas perçue comme celle du gouvernement en place et que l'éthique de ses hauts dirigeants ne soit pas à géométrie variable.
Quatre officiers de la SQ, dont l'ancien directeur général Richard Deschesnes, ont été accusés mardi de fraude, de vol et d'abus de confiance. Un fonds secret de 25 millions $ servant à payer des délateurs ou appréhender des trafiquants de drogue aurait été utilisé pour pouvoir verser des indemnités de départ et payer un consultant. Faute d'un différend avec le fisc, celui-ci ne pouvait être embauché directement par la SQ.
On ne peut présumer de la culpabilité ou de l'innocence de ces hauts dirigeants et de cadres supérieurs. La justice suivra son cours. Une chose est certaine cependant. Cette affaire soulève la question de l'indépendance de la Sûreté du Québec à l'égard du gouvernement, et celle des règles de gestion et de reddition de comptes appliquées dans cette organisation.
Ceux qui craignent de s'ennuyer lorsque les travaux de la commission Charbonneau prendront fin pourront compter sur la cause des quatre officiers. Nomination partisane, guerre de clans, contournement ou interprétation des règles d'utilisation du fonds «secret», échange de bons procédés entre copains, poursuite pour diffamation. Des hommes qui incarnaient la loi et l'ordre ne se laisseront pas mettre aisément derrière les barreaux. On ne devrait pas s'ennuyer.
Le Québec est en mode nettoyage et resserrement depuis quelques années. Dans son rapport d'étape qu'elle vient de livrer, la Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction note d'ailleurs que le contexte est changeant depuis sa création en 2011. La présidente Charbonneau souligne que le législateur, le gouvernement et plusieurs organismes publics ont pris de très nombreuses mesures (adoption ou modification de lois et de règlements, émission de directives ou de politiques, réformes administratives). Une dizaine de lois ont été adoptées depuis octobre 2011.
La Sûreté du Québec peut-elle être dispensée de cette remise en question collective, de cette recherche plus grande d'éthique, elle dont le rôle est de débusquer les fraudeurs, les voleurs, les délinquants, qu'importe leur rang et leur statut? Sûrement pas. Son fonctionnement et ses pratiques sont-ils encore perfectibles pour rassurer le public? Certainement.
Dès son arrivée, le gouvernement péquiste a remercié le directeur général de la SQ, Richard Deschesnes, nommé par les libéraux en 2008, pour le remplacer par leur homme, Mario Laprise. Si, à l'instar du Vérificateur général, le grand patron de la SQ était choisi par l'Assemblée nationale et non par le gouvernement en place, la séparation entre le politique et le corps policier serait mieux assurée. On éviterait que la «SQ barbote dans la sphère politique» pour emprunter les termes de l'avocat Jean-Claude Hébert. On présumerait moins facilement que l'ancienne direction de la SQ ne collaborait pas très bien avec la commission Charbonneau ou que les gens en poste maintenant mènent des actions qui font mal paraître le Parti libéral du Québec et son chef.
Mardi, le directeur général de la SQ, Mario Laprise, a indiqué dans un communiqué qu'une situation comme celle qui a conduit aux accusations contre d'anciens membres ne peut plus se reproduire puisque les politiques de gestion et d'encadrement de ce type de dépenses ont été révisées. Tout va bien maintenant? Certains dénoncent que l'enquête portant sur l'utilisation du fonds secret a été réalisée notamment par un ami et partenaire d'affaires de M. Laprise. À suivre. La confiance du public ne se regagne pas facilement.