En priorisant le dépistage des enfants en difficulté d’apprentissage plutôt que de se lancer dans l’abolition des élections scolaires et des commissions scolaires, la CAQ répondra mieux aux besoins des familles, en plus de s’éviter d’inutiles affrontements, écrit notre éditorialiste.

Rassembleur et branché? On verra

ÉDITORIAL / François Legault dit qu’il fera tout pour rassembler et rester proche des préoccupations des Québécois. Il applique cette logique en éducation. En priorisant le dépistage des enfants en difficulté d’apprentissage plutôt que de se lancer dans l’abolition des élections scolaires et des commissions scolaires, la CAQ répondra mieux en effet aux besoins des familles, en plus de s’éviter d’inutiles affrontements.

Le premier ministre désigné a indiqué mardi que la réforme touchant les commissions et les élections scolaires ne se fera pas à très court terme. 

Les caquistes semblent avoir appris des faux pas du gouvernement libéral en la matière. Que de temps perdu et d’énergies gaspillées par les ministres de l’Éducation sous le règne de Philippe Couillard.

Yves Bolduc voulait réduire de 72 à 46 le nombre de commissions scolaires. Son remplaçant, François Blais, a abandonné l’idée. Ce dernier a pour sa part présenté le projet de loi 86 «modifiant l’organisation et la gouvernance des commissions scolaires en vue de rapprocher l’école des lieux de décision et d’assurer la présence des parents au sein de l’instance décisionnelle de la commission scolaire». Les élections scolaires devenaient sur demande. Le projet de loi heurtait de front les milieux anglophones, plus attachés à leurs commissions scolaires et prêts à une contestation devant les tribunaux pour les conserver.

Nommé à son tour à la tête du ministère de l’Éducation, Sébastien Proulx a mis de côté le projet alambiqué et controversé pour se consacrer plutôt à une vaste consultation sur la réussite éducative et la rédaction d’une politique. Il était temps de se préoccuper des vrais enjeux.

Les caquistes semblent vouloir éviter de faire les mêmes erreurs. 

M. Legault affirme vouloir procéder à des changements dans l’ordre, sans tout bousculer. Personne ne s’en plaindra. Manifestement, il veut éviter l’étiquette de «brouillon» qu’a tenté de lui coller Philippe Couillard. 

Avec un taux élevé de décrochage, avec un nombre important d’enfants en difficulté qui ne réussissent pas à décrocher un diplôme, le Québec a mieux à faire qu’à transformer les commissions scolaires en centres de services et qu’à susciter la grogne en abolissant les commissions scolaires. 

Prioriser le dépistage précoce des enfants en difficulté d’apprentissage, fournir les services pour les surmonter et rénover les écoles serviront mieux les intérêts des jeunes, de leur famille et de l’ensemble de la société. 

Se voulant rassembleur, François Legault utilise aussi un ton conciliant pour parler d’un autre engagement de sa formation politique, les maternelles 4 ans. Il est prêt à emprunter les bonnes idées des autres. 

«Ce qui est important pour moi, c’est que tous les enfants avec des difficultés d’apprentissage soient dépistés avant l’âge de 4 ans et qu’on commence à leur donner des services au plus tard à l’âge de 4 ans. On va voir avec les CPE, les garderies, les maternelles, qu’est-ce qu’on est capable ensemble de faire pour que le plus rapidement possible les enfants reçoivent des services».

Croisons-nous les doigts pour que le premier ministre désigné et son équipe conservent ce désir de travailler avec les autres, de consolider ce qui existe déjà et fonctionne bien, et qu’ils comblent rapidement les besoins de tous les enfants, qu’importe le milieu de garde qu’ils fréquentent. 

Simple bon sens? Peut-être la CAQ réalise-t-elle aussi que son objectif d’instaurer partout des maternelles 4 ans d’ici 5 ans est irréaliste quand le personnel enseignant et les locaux manquent déjà dans certaines écoles pour accueillir cette nouvelle clientèle.