Les élections se gagnent souvent sur de minces écarts, dans un petit nombre de circonscriptions. Les données sont devenues le nerf de la guerre et le DGEQ demande depuis longtemps au législateur de baliser ce nouveau champ de bataille.

Qui peut savoir quoi sur vous?

ÉDITORIAL / La semaine dernière, le gouvernement libéral a défait une motion de Québec Solidaire demandant aux partis politiques de dévoiler les contrats qu’ils auraient signés avec des firmes externes de collecte de données.

C’est regrettable, parce qu’à quelques mois d’une élection, cela aurait permis de savoir si les partis utilisent ces sources externes pour alimenter leurs propres bases de données. La ministre Kathleen Weil aurait mieux fait d’accepter cette initiative plutôt que de se tourner vers le Directeur général des élections, comme elle a tenté de le faire, pour ensuite essuyer un refus. 

Les élections se gagnent souvent sur de minces écarts, dans un petit nombre de circonscriptions. Les données sont devenues le nerf de la guerre et le DGEQ demande depuis longtemps au législateur de baliser ce nouveau champ de bataille. Ce travail sera celui du prochain gouvernement, semble-t-il. La motion proposée par QS aurait à tout le moins obligé les partis à plus de transparence pour le prochain rendez-vous électoral. 

Il ne reste que la pression publique pour convaincre un ou des partis de donner l’exemple. 

Mas la question dépasse l’utilisation de ces renseignements personnels dans une campagne électorale. Les gouvernements, au fédéral comme au provincial, ne peuvent plus se mettre la tête dans le sable et ignorer le problème grandissant que constituent ces données qui s’entassent, et qui n’est pas limité à Facebook. 

Il existe des grossistes, des data brokers qui vendent ce genre de banques de données. Des compagnies comme Equifax en amassent elles aussi. Les gouvernements doivent adapter les règlements, les lois et mettre en place les mécanismes de surveillance qui correspondent à cette nouvelle réalité. Car désormais, partout où vous allez, vous êtes susceptibles d’être espionnés. 

Lorsque vous entrez dans un magasin, réel ou virtuel, quelqu’un prend note de ce que vous avez regardé ou acheté, de l’heure à laquelle vous êtes entré, et en recoupant d’autres banques de données, on peut savoir si vos amis ont les mêmes goûts, les mêmes opinions ou si vous avez des inquiétudes pour votre santé. 

Ces banques de données permettent de créer un fil d’Ariane numérique presque infini, qui s’insinue même jusque dans nos pensées. Il faut que les élus déterminent qui peut détenir quelle information sur nous, le niveau de protection qui doit être assuré, les pénalités encourues pour ne pas respecter ces normes. 

Il est temps de reconnaître que l’autorisation individuelle donnée par chaque usager pour l’accès à ses données ne suffit plus, car la multiplication des données débouche sur des banques qui couvrent des populations entières. Il revient aux pouvoirs collectifs d’intervenir, alors, pour déterminer les règles du jeu, fixer des balises. 

il est temps de réaliser aussi que ceux qui ont accès à ces données névralgiques ont le pouvoir d’influencer nos comportements, nos décisions. 

Google et Facebook ont créé ce que des experts appellent le «capitalisme de la surveillance», mais ce serait une erreur de penser que ce modèle est le seul. Le moteur de recherche DuckDuckGo n’accumule pas de données sur ses utilisateurs. Mieux, il détecte et bloque les «mouchards», comme ceux de Google, qui infestent 76 % des pages web, et ceux de Facebook, qui se retrouveraient sur 24 % des pages. Il faut peut-être commencer à regarder de ce côté.