Le conseiller indépendant Jonatan Julien

Pour une centaine de mètres

ÉDITORIAL / Le conseiller indépendant Jonatan Julien, a tiré une sonnette d’alarme, lundi, quand il nous a appris qu’à titre de responsable des finances et des infrastructures, voilà quelques semaines à peine, il n’avait jamais entendu parler du projet de passerelle cyclable dans le Vieux-Port, qui pourrait frôler les 10 millions $.

La genèse d’un tel projet est toujours révélatrice, surtout à Québec où le maire Régis Labeaume se laisse parfois emporter par un excès d’enthousiasme. Rappelons-nous du miroir d’eau, du carrousel de Monsieur Caramel, du coffre-fort virtuel, et des silos à granules de bois. Autant de projets venus de nulle part qui n’avaient pas un ancrage solide dans le concret. 

Tout ce que nous savons de la passerelle, c’est qu’elle fait le bonheur du maire et le patron de l’administration portuaire de Québec, Mario Girard. Ce n’est pas mauvais signe en soi, mais c’est loin d’être suffisant pour se lancer dans la construction d’une structure qui va s’élever au beau milieu d’un des sites patrimoniaux les plus fréquentés de la ville. 

Qui a eu cette idée, comment a-t-elle été étudiée, et par qui? Est-ce une lubie de l’administration ou le résultat d’une démarche documentée? Il faudrait un peu plus de chair autour de cet os, sur les conséquences, les coûts et les justifications. Ce ne serait pas la première fois qu’on aménage une structure à cet endroit, pour réaliser trop tard qu’on a commis une bévue. Il vaut la peine de prendre les moyens, cette fois, pour ne pas répéter cette erreur à nouveau.

L’autre question que soulève M. Julien est aussi pertinente : comment peut-on investir dans ce seul projet autant que le budget total, sur trois ans, de la Vision des déplacements à vélo de l’administration municipale? Et ceci pour un projet qui n’y figurait nulle part. 

La cohabitation vélo-piétons-croisières, dans un goulot d’étranglement qui sert aussi de dévidoir à la traverse Québec-Lévis, n’est pas un mince problème pour la Ville. Surtout pour le tronçon cyclable le plus fréquenté, avec des pointes jusqu’à 4000 cyclistes par jour. 

Le casse-tête est pourtant simple en apparence. Il se résume à un corridor d’à peu près 170 mètres, sur le boulevard Dalhousie, entre la Place des Canotiers et la rue Quai Saint-André, où l’ajout d’une voie cyclable signifie l’élimination d’une des quatre voies de circulation automobile. S’il y avait moyen de faire l’un sans abandonner l’autre, personne ne parlerait de passerelle. 

Mais rien n’est simple dans le Vieux-Québec, et on peut comprendre le maire Labeaume de s’enticher d’une solution qui lui évite d’affronter le mécontentement des automobilistes. Mais vaut-elle le prix qu’elle va nous coûter? Et va-t-elle livrer les résultats attendus? Les cyclistes «utilitaires» continueront certainement d’utiliser les artères du Vieux-Québec pour leurs déplacements. 

Jean-François Gosselin, chef de Québec 21, proposait mercredi de séparer piétons et cyclistes par un muret sur la voie actuelle, qui longe le fleuve. C’est probablement réalisable en temps normal, mais lorsque les navires de croisières sont à quai, les mesures de sécurité exigent de dégager l’espace, ce qui laisse un corridor de plus en plus étroit où véhicules de service, piétons et cyclistes finissent par se marcher sur les pieds. 

Peut-on aménager le site pour dégager l’espace nécessaire à une telle solution? La question mérite d’être étudiée sérieusement. Il ne suffit pas pour la Ville d’affirmer qu’on a examiné cette option. Elle doit en faire la démonstration.