L'aveu de culpabilité d'Alexandre Bissonnette était la meilleure issue possible pour toutes les personnes impliquées, mais cela nous laisse aussi devant un vide qu’il faudra, un jour ou l’autre, combler si nous voulons vraiment mettre cet épisode derrière nous, écrit notre éditorialiste.

Pour pardonner, il faut comprendre

ÉDITORIAL / Alexandre Bissonnette a posé un geste important hier, assumant l’entière responsabilité pour la tuerie qui a fait six morts à la grande mosquée de Québec, en janvier 2017. Les familles des victimes, les blessés, les témoins de l’attentat voyaient venir avec appréhension l’épreuve d’un procès qui leur ferait revivre le cauchemar.

En choisissant de plaider coupable aux accusations de meurtre prémédité et de tentatives de meurtre, il choisit de ne pas infliger aux autres le fardeau additionnel de procédures judiciaires dont l’issue faisait peu de doute. 

Les plaies ne sont pas sur le point de se refermer, on est encore loin de là, mais la contrition du responsable permet à ce lent processus d’aller de l’avant. Il reste encore à traverser l’étape des représentations sur la peine, qui aura lieu dans deux semaines, et qui sera elle aussi douloureuse. 

Cet aveu de culpabilité était la meilleure issue possible pour toutes les personnes impliquées, mais cela nous laisse aussi devant un vide qu’il faudra, un jour ou l’autre, combler si nous voulons vraiment mettre cet épisode derrière nous. 

Parce que le procès aurait permis d’en savoir plus sur la façon dont la colère d’un jeune homme s’est transformée en rage meurtrière, et surtout comment elle a été canalisée vers un groupe religieux. Désormais, tous les éléments de preuve amassés dans le cadre de l’enquête en prévision de ce procès resteront secrets. 

Hier, Alexandre Bissonnette a tenu à lire une lettre pour exprimer ce qu’il ressent face aux actes qu’il a commis. «J’ai honte de ce que j’ai fait. Je ne sais pas pourquoi j’ai posé un geste insensé comme ça et encore aujourd’hui, j’ai de la misère à y croire. Malgré ce qui a été dit à mon sujet, je ne suis ni un terroriste ni un islamophobe. J’ai plutôt été emporté par la peur, la pensée négative et une forme horrible de désespoir», a-t-il déclaré. 

Sa confession soulève autant sinon plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. 

S’il n’est ni terroriste ni islamophobe, comment expliquer qu’il en soit arrivé à commettre un acte qui correspond à ces deux qualificatifs? C’est la question que tout le monde se pose. 

A-t-il partagé ses sentiments avec d’autres? A-t-il été encouragé dans cette spirale? Il faudrait aussi connaître la réponse à ces questions avant d’être vraiment en mesure de tourner la page. 

Encore aujourd’hui, les corps policiers n’ont toujours pas confirmé le type d’armes utilisé pour ces meurtres. Nous savons que Bissonnette possédait deux revolvers et un fusil d’assaut dont le chargeur pouvait en théorie contenir jusqu’à 30 balles. Tout indique qu’il a utilisé ces armes, mais cela n’a pas encore été validé. Et que savait-on de la détérioration de son équilibre psychologique? Quelqu’un en savait-il assez pour lui interdire l’accès à ces armes avant qu’il commette l’irréparable? 

«J’ai été emporté par la peur, la pensée négative et une forme horrible de désespoir», nous dit-il. Il n’y a pas de raison d’en douter. Sa reconnaissance de culpabilité et les remords qu’il exprime sont autant d’indices d’un esprit déchiré. Mais il sera impossible d’envisager le pardon tant qu’on ne sera pas en mesure de comprendre l’engrenage qui l’a poussé jusque là.

Avec ce plaidoyer, et après que le juge ait prononcé la sentence, on pourra clore un chapitre d’une histoire qui ne fait encore que commencer pour un grand nombre de victimes. 

Et nous devrons nous aussi en tirer une leçon, lorsque reviendra la tentation de l’intolérance.