Même si c’est elle, avec sa collègue Danielle McCann à la Santé, qui aura à défendre le bilan de son gouvernement en ce domaine dans quelques années, Marguerite Blais ne se défile pas et ne tente pas d’embellir la réalité.

Pour en finir avec la maltraitance

Bien des «baby-boomers» et leurs proches doivent souhaiter ardemment que Marguerite Blais, ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, réussisse. Qu’elle signe la fin des rapports accablants, troublants et répétitifs du Protecteur du citoyen sur le piètre traitement réservé aux personnes âgées dans certains CHSLD et certaines résidences privées.

Même si c’est elle, avec sa collègue Danielle McCann à la Santé, qui aura à défendre le bilan de son gouvernement en ce domaine dans quelques années, Marguerite Blais ne se défile pas et ne tente pas d’embellir la réalité.

La ministre admet sans hésitation que la maltraitance institutionnelle existe et elle la juge inacceptable.

Il aurait été difficile de le nier, diront certains. Le constat de la protectrice est clair.

Rappelons aussi qu’une demande d’action collective contre des CHSLD publics et privés a aussi été déposée cet été devant la cour supérieure par le Conseil pour la protection des malades.

Si Marguerite Blais est déterminée à combattre la maltraitance organisationnelle, ses collègues devront l’être tout autant.

Les vœux pieux ne suffissent pas et créer un «ordre professionnel» pour les préposés aux bénéficiaires n’est pas une panacée. Il faut également éviter d’attribuer toutes les difficultés au manque de personnel. Les CHSLD ont «manqué d’amour» bien avant les pénuries de préposés aux bénéficiaires.

Si des gestionnaires en sont venus à élaborer et à émettre des directives écrites pour guider les employés des CHSLD dans les tâches, les soins et les services qu’ils peuvent reporter ou annuler, il y a fort à parier qu’ils ne craignaient pas trop le courroux de Québec.

Ils ont coupé dans le personnel, dans les soins et les services. Qu’importe les risques de fonctionner avec des équipes réduites.Qu’importe si des personnes en souffrent et que leur dignité est atteinte.

Le premier ministre Legault a affirmé cette semaine que son gouvernement était déterminé à insuffler une bonne dose d’humanisme dans les soins prodigués aux aînés dans les CHSLD.

C’est urgent. Il doit aussi s’assurer que les ressources d’hébergement privées où vivent des milliers de personnes âgées deviendront aussi à la hauteur. Ce volet ne doit pas être occulté. Si la protectrice signale des lacunes importantes et persistantes dans les CHSLD, elle pointe également du doigt les résidences privées pour aînés.

Le public, les médias et l’opposition s’inquiètent du bain hebdomadaire et des patates en poudre dans les CHSLD, mais trop peu des 1800 résidences privées certifiées par les centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS).

Le gouvernement s’assure-t-il que les normes qu’il a fixées sont respectées? La protectrice constate là aussi du laxisme de la part de certains CISSS. La formation du personnel, la salubrité et la sécurité de certaines résidences accusent des manques importants sans que les CISSS ou les CIUSSS agissent systématiquement et avec vigilance pour faire respecter les normes prévues.

Des résidences sont incapables de suivre l’évolution des besoins des personnes hébergées. Pourtant, à un âge avancé, l’état d’une personne peut se dégrader rapidement. Un cas léger devient vite lourd. Des CISSS semblent peu s’en inquiéter. En dirigeant des patients âgés vers le privé, ils peuvent libérer des lits dans les hôpitaux et désengorger des urgences.

Marie Rinfret reconnaît que le ministère a resserré des critères. Elle note cependant qu’il subsiste des lacunes dans le contrôle de la qualité même si son bureau réclame des améliorations depuis six ans.

Espérons que Mme Blais et son gouvernement seront plus prompts à donner le coup de barre qui s’impose depuis trop longtemps.