Le vérificateur général, Michael Ferguson, a déposé, mardi, un rapport dévastateur sur le système de paye Phénix.

Phénix: une enquête requise

ÉDITORIAL / Le rapport dévastateur du vérificateur général sur le système de paye Phénix et l’engagement de Services publics et Approvisionnement Canada d’en tirer des leçons ne mettent pas fin au dossier. Une enquête est nécessaire. Si l’impunité persiste, si la lumière n’est pas faite sur ce fiasco impliquant le gouvernement de Stephen Harper et celui de Justin Trudeau, d’autres projets déraperont et les Canadiens payeront encore la note.

«Pourquoi nous continuons de mettre au jour des problèmes graves et pourquoi des échecs incompréhensibles continuent d’arriver», demande le vérificateur Michael Ferguson. «Le projet Phénix a été le résultat d’un manque incompréhensible de gestion et de surveillance de projet.»

Il faut savoir pourquoi ces trois personnes, que le vérificateur ne nomme pas dans son rapport, ont décidé de ne pas mener de projet pilote, de supprimer des fonctions au lieu de demander un budget supplémentaire au Conseil du trésor, de se priver de filet de sécurité, de faire fi de plusieurs mises en garde, de ne pas donner une information complète et exacte aux sous-ministres et aux sous-ministres délégués des ministères et organismes concernés. 

Notons aussi que trois personnes ont occupé le poste de sous-ministre aux Services publics pendant les sept années du développement et de la première mise en œuvre de Phénix. 

M. Ferguson conclut que les cadres responsables ont donné la priorité aux limites du budget et au calendrier du projet, au détriment d’aspects essentiels que sont la fonctionnalité et la sécurité des informations.

Ce constat est précieux, mais il faut aller plus loin. Savoir à quoi est attribuable l’obsession des trois responsables pour les coûts et les échéanciers qui a fait de Phénix, un projet qui devait faire économiser 70 millions $ par année, un projet qui engloutira des millions de dollars — peut-être un milliard $ — en plus de causer de sérieux problèmes aux employés du gouvernement privés de paye. Qu’est-ce qui motivait leur prise de décision?

Le NPD réclame une enquête publique. L’Alliance de la fonction publique du Canada compte aussi faire une telle demande. Conservateurs et libéraux étant visés par le cafouillage, ils seront peu ouverts à un tel exercice. Ils diront sans doute qu’une enquête est coûteuse et que Services publics et Approvisionnement Canada a accepté de suivre les recommandations du vérificateur général. 

Cette façon de passer rapidement l’éponge explique en partie pourquoi les Canadiens se retrouvent périodiquement devant des «échecs incompréhensibles». Il y a peu ou pas de conséquences à la négligence, à l’incompétence, à la connivence, au silence et à la docilité de certains pour faire avancer leur plan de carrière ou obtenir des avantages.

Selon le vérificateur, les cas relevés par son bureau dans divers domaines année après année sont les symptômes d’un problème culturel plus fondamental. Il pointe du doigt une culture qui a engendré une fonction publique docile qui craint les erreurs et les risques, ainsi que les partis politiques qui se préoccupent davantage de leur image et de livrer leurs promesses électorales. L’intérêt des citoyens devient secondaire.

Ces dernières années, livrer un projet selon l’échéancier et les coûts prévus est devenu en effet un objectif important pour les élus. Certes, la population le réclame, mais pas à n’importe quel prix.

L’apparence de bonne gestion et les économies espérées qui se transforment finalement en une grosse dépense sont aussi détestables que les dépassements de coûts.