Les immigrants constituent à peine 1,5 % de la population dans la Chaudière-Appalache, où se trouve la circonscription de Maxime Bernier, alors que plus de 20 % de la population canadienne est née à l’étranger.

Pas raciste, juste xénophobe

ÉDITORIAL / Le député de Beauce, Maxime Bernier, a décidé de dire tout haut ce que d’autres — pas tout le monde, Dieu merci — pensent tout bas. «Le multiculturalisme extrême et le culte de la diversité de Trudeau vont nous diviser en petites tribus qui ont de moins en moins en commun», a-t-il écrit sur Twitter.

«La balkanisation culturelle amène la méfiance, les conflits sociaux et potentiellement la violence», écrit-il dans un dernier tweet, qui se conclut ainsi : «Plus de diversité ne nous rendra pas plus forts, cela détruira notre pays.»

Ce n’est pas du racisme. M. Bernier ne prône pas la supériorité d’une race sur une autre ni la domination d’un groupe ethnique sur les autres.

C’est juste de la xénophobie...

Et c’est tout aussi répugnant.

L’idée selon laquelle la diversité ou le multiculturalisme vont «détruire» la culture de ce pays alimente l’un et l’autre. Le député s’en est défendu hier, disant n’avoir critiqué que la volonté de Trudeau d’avoir «plus» de diversité. La distinction est si insignifiante qu’elle ne mérite pas qu’on s’y attarde.

Cette profession de foi n’est pas venue de nulle part. Elle correspond tout d’abord aux positions qu’il a défendues pendant la course à la chefferie conservatrice. La politique d’immigration canadienne vise, disait-il alors, à forcer la transformation de «l’identité culturelle et du tissu social du Canada». La peur de l’étranger est un levier vieux comme le monde qui a été utilisé contre les Juifs, les Irlandais, les Italiens ou les Noirs. Maxime Bernier n’invente rien.

Mais surtout, comme Kellie Leitch avant lui, il se fait le perroquet de l’extrême droite américaine. Il a tenu à peu de choses près les mêmes propos que l’animatrice de Fox News, Laura Ingraham, a prononcés la semaine dernière. «[...] il semble que dans plusieurs endroits, disait-elle, l’Amérique que nous connaissons et que nous aimons a cessé d’exister. Des changements démographiques massifs nous ont été imposés de force...», alors que défilaient derrière elle des images de travailleurs saisonniers venus de l’Amérique latine.

Elle aussi a tenté de minimiser la portée de ses paroles, mais quand David Duke, l’ex-grand sorcier du Ku Klux Klan, affirme que ce commentaire était «l’un des plus importants jamais tenus dans un média d’information», le sens est limpide.

L’immigration est un dossier que le Parti conservateur a exploité par le passé, et même sous un nouveau chef, bien peu de choses semblent avoir changé. M. Bernier a apparemment voulu faire connaître ses vues en prévision du congrès qui se tient la semaine prochaine à Halifax.

Andrew Scheer ne pourra pas ignorer cette nouvelle sortie d’un député qui n’en est pas à ses premières frasques au sein de la formation politique. Ou bien le chef conservateur approuve ce discours ou bien il le condamne. La neutralité n’est pas une option devant de tels propos.

Maxime Bernier, qui craint de voir son pays détruit par un excès de diversité, a pourtant peu de raisons d’angoisser. Les immigrants constituent à peine 1,5 % de la population dans Chaudière-Appalaches, où se trouve sa circonscription, alors que plus de 20 % de la population canadienne est née à l’étranger.

Si ses propos traduisent réellement sa pensée, il ne mérite ni son siège de député ni sa place dans l’opposition officielle, car son discours revient à dire que des Canadiens constituent une menace pour notre pays en raison de leur origine. Le vrai danger vient de ceux qui alimentent la haine.