Le Québec est confronté au vieillissement de sa population et à d’importants besoins de main-d’œuvre.

Pas d’immigrants, pas de prospérité

ÉDITORIAL / «Tout discours qui est négatif sur l’immigration et qui prétendrait réduire l’immigration au Québec est un discours anti-économique pour le Québec et pour la métropole», selon Philippe Couillard. Une autre occasion pour le chef libéral de «démoniser» ses adversaires caquistes? C’est aussi un rappel que le Québec n’est pas seul à être confronté au vieillissement de sa population et à d’importants besoins de main-d’œuvre. S’il veut prospérer et préserver ses programmes de sécurité sociale, le Québec doit être en effet attirant pour les immigrants.

Récemment, un rapport du Fonds monétaire international (FMI), dont l’Agence France-Presse faisait état, exposait les défis des pays développés dont la population active décline. C’est le cas du Québec.

«À moins que plus de gens ne participent au marché du travail, le vieillissement de la population pourrait ralentir la croissance des économies avancées et, dans de nombreux cas, compromettre la viabilité de leurs systèmes de sécurité sociale», notent les économistes du FMI.

Ils estiment que l’immigration peut contribuer à des gains de croissance et de productivité à long terme. Selon eux, des politiques d’immigration plus restrictives exacerbent l’effet négatif du vieillissement.

Les exemples abondent déjà au Québec pour illustrer ce qu’entraîne le vieillissement de la main-d’œuvre, de surcroît dans une période de forte activité économique. Les entreprises, mais aussi le secteur public, peinent à dénicher des employés pour combler les départs à la retraite ou les postes nécessaires à l’essor de leurs activités. Des initiatives de toutes sortes sont mises en branle pour recruter à l’étranger et retenir les perles rares. 

Et le Québec n’est pas seul à vivre cette situation. D’où l’importance qu’il soit considéré comme un lieu attrayant pour immigrer, pour s’installer à long terme, et non un endroit où les immigrants se sentent rejetés et exclus parce qu’ils n’ont pas la même religion que la majorité ou un nom qui ne sonne pas comme Tremblay.

Nous pouvons difficilement nous passer de l’apport des immigrants. Inciter les travailleurs plus âgés à rester sur le marché du travail au lieu de prendre leur retraite, intégrer en emploi les personnes handicapées, mettre en place de bons services de garde pour permettre aux jeunes parents de concilier travail et famille, instaurer plus de stages pour les étudiants et recourir aux nouvelles technologies peut certes atténuer le manque de main-d’œuvre, mais ne comble pas tous les besoins.

Dans le dernier budget, le ministre des Finances notait que plus de 50 % des emplois créés au Québec depuis 2006 ont été pourvu par des immigrants. Selon lui, se priver d’eux limiterait le développement économique et social, particulièrement en région.

La région de Québec doit notamment ouvrir ses portes aux immigrants. Elle en compte 6 % comparativement à 22 % dans le reste du Canada. Certes, l’économie se porte bien à Québec. Or, l’économiste et vice-président Recherche, Marchés immobiliers mondiaux chez Ivanhoé Cambridge, Mario Lefebvre, a prévenu la semaine dernière lors d’une conférence dans la capitale nationale qu’il y a un «éléphant dans la pièce». «Québec a bien beau être une belle ville, s’il n’y a pas de main-d’œuvre en quantité suffisante, les entreprises iront établir leurs pénates ailleurs», rapportait Le Soleil.

Un avertissement qui vaut pour l’ensemble du Québec. Les politiciens qui suggèrent de réduire le nombre de personnes qui entrent au Québec devront avoir de bons arguments durant la prochaine campagne électorale. Celui voulant que les immigrants soient des «voleurs de jobs» ne tient plus la route.