Le retour à la case départ que le maire Régis Labeaume et le gouvernement libéral ont fait au cours des derniers jours au sujet du tramway sent fort l’improvisation et l’opportunisme politique, écrit notre éditorialiste.

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ÉDITORIAL / À Québec, ville qui a un penchant assumé pour l’auto, ville où certains politiciens et animateurs radio frôlent le choc anaphylactique à la seule mention du mot autobus, défendre un grand projet de transport en commun requiert un savant mélange de doigté, de préparation, de conviction. Or le retour à la case départ que le maire Régis Labeaume et le gouvernement libéral ont fait au cours des derniers jours au sujet du tramway sent fort, au contraire, l’improvisation et l’opportunisme politique.

Il n’est pas inutile, ici, de rappeler la séquence des événements qui ont fait tourner la ville en rond sur le «réseau de transport structurant» au cours des dernières années.

• 2008 : M. Labeaume décrit l’idée d’un tramway à Québec comme une «grosse folie» et défie le Renouveau municipal (l’opposition d’alors) de «faire une élection sur le tramway».

• 2009 : le maire se fait moins catégorique. «Le tramway pour la haute ville [seulement], c’est non. Mais si c’est pour transporter les gens de Québec à Lévis, ben là…»

• 2010 : la Ville présente son plan de mobilité durable, qui officialise la «conversion» de M. Labeaume au tramway.

• 2013 : en mai, la maire parle du tramway comme d’un projet qui est en train de se faire. «On est vraiment dans la faisabilité. Est-ce qu’on est mieux de prendre une rue plutôt que l’autre, est-ce que ça va coûter moins cher sur les canalisations, [...] c’est ce sur quoi nos gens travaillent». En septembre, cependant, il se prononce plutôt en faveur de l’élargissement d’autoroutes et n’appuie plus le tramway que du bout des lèvres — si et seulement si le provincial paye la note en entier.

• 2015 : le gouvernement libéral annonce que le tramway est «trop cher». M. Labeaume indique que «le tramway, ça fait un moment qu’on a mis un X là-dessus».

• 2016 : le ministre François Blais, alors responsable de la région de Québec, évoque la possibilité de ressusciter le tramway, mais il est fermement rabroué par ses collègues ministres et par la Ville. «Le premier ministre, pour lui, c’est très clair qu’il va y avoir un SRB à Québec», a alors déclaré M. Labeaume.

• 2017 : M. Labeaume annonce que le gouvernement libéral montre soudainement de l’ouverture pour le tramway et que celui-ci redevient une «hypothèse sérieuse». Il semble en outre que le tracé prévu, qui devait à l’origine passer sur le boulevard Charest, pourrait être revu même si le maire a plusieurs fois affirmé qu’il était coulé dans le béton.

On peut comprendre qu’un politicien change d’avis à l’occasion. Quand on est dans l’erreur, c’est même une (belle) qualité que de savoir se laisser convaincre par les faits et les expertises.

Mais vient un point où les revirements de chemise trahissent des choses moins nobles que de l’ouverture d’esprit. De la part du PLQ, qui arrive en année électorale, la manœuvre n’est même pas subtile. Les motifs de M. Labeaume ont beau être différents puisqu’il vient à peine d’être réélu (et qu’il a déjà dit que son choix du SRB était dicté par les coûts), il reste que quand on a été contre, puis pour le tramway, puis pour le SRB avant de revenir du côté du tramway, avec quel genre de crédibilité peut-on espérer défendre le projet ? Dans une ville comme Québec, ce point-là peut faire tout dérailler — ce qui serait bien dommage, puisque le tramway a de toute évidence de grands avantages.

En bout de ligne, non seulement ces flip-flop auront-ils alimenté un cynisme ambiant déjà trop grand, mais leur résultat final est qu’après presque 10 ans, on n’a toujours rien fait. Absolument rien.