Les femmes représentent la moitié de la population, mais 29,6% des députés à l’Assemblée nationale sont des femmes.

Parité: la patience a des limites

ÉDITORIAL / Même si une loi sur l’équité salariale existe depuis 22 ans, il a fallu se rendre jusqu’en Cour suprême pour invalider des modifications apportées en 2009 qui pénalisaient des femmes — et des hommes — occupant des emplois à prédominance féminine. Imaginez le temps qu’il aurait fallu pour atteindre l’équité si une loi proactive n’avait pas été adoptée en 1996. Il faut en tirer une leçon et lever nos réticences à légiférer afin d’atteindre une représentation paritaire des hommes et des femmes en politique.

Il a des similitudes entre les dossiers de l’équité salariale et de la parité hommes-femmes. Si le Québec avait maintenu une approche non contraignante en matière d’équité salariale, s’il avait laissé les employeurs agir à leur guise, les emplois «féminins» seraient encore sous-payés. Même avec une loi, la vigilance est encore requise.

Comment croire que la parité hommes-femmes en politique, et dans d’autres lieux décisionnels, peut se réaliser sans un signal fort, sans établir des mesures de correction et des objectifs?

Le Groupe femmes, politique et démocratie estime qu’au rythme où vont les choses, la parité prendra 75 ans à se concrétiser. Pour le Groupe et ses alliés, dont d’anciennes parlementaires de tous les partis, la pression populaire et la volonté politique exprimée épisodiquement par les chefs ne suffisent pas. Il faut une loi.

Les femmes représentent la moitié de la population, mais 29,6% des députés à l’Assemblée nationale sont des femmes. Ces 15 dernières années, leur proportion a fluctué. 30,4% en 2003, 32,8% en 2012, 27,2% en 2014. 

Le Groupe femmes, politique et démocratie soutient que le Québec prend du retard et qu’une centaine de pays ont eu recours ces dernières années à des mesures contraignantes pour que la présence des femmes dans les parlements corresponde à leur poids dans la société. La qualité des personnes élues n’a pas périclité pour autant. Bien au contraire, selon diverses études. 

C’est un leurre de croire que les obstacles vont se lever rapidement sans un coup de pouce législatif. Le dossier de l’équité salariale en fournit un bon exemple. 

Même si un principe est largement partagé et inscrit dans la Charte des droits et libertés, il ne se transpose pas automatiquement sur le terrain et sur les chèques de paye. 

Le chemin a été long avant que Québec vote en 1996 une loi pour forcer les employeurs à procéder à une évaluation des emplois dans leur entreprise, à rémunérer à leur juste valeur les emplois occupés majoritairement par des femmes.

Dans le jugement rendu jeudi, la Cour suprême rappelle que le Canada a commencé vers 1950 à déployer des efforts pour supprimer l’écart salarial entre les hommes et les femmes. On parlait alors de «salaire égal pour un travail égal». Un concept qui a été remplacé par celui de «salaire égal pour un travail de valeur égale» pour tenir compte de la discrimination salariale systémique. Deux commissions royales d’enquête (1970 et 1984) ont contribué au changement d’approche. 

Dix ans après l’adoption de la loi sur l’équité au Québec, 47% des employeurs n’avaient toujours pas établi un programme d’équité. Le gouvernement a donc modifié la loi en 2009, mais les amendements apportés pénalisaient des dizaines de milliers de travailleuses en les privant de rétroactivité. La Cour suprême vient de leur donner raison.

Les femmes doivent encore, même avec une loi, batailler pour l’équité salariale. La correction de leur sous-représentation en politique pourrait se réaliser seulement avec de bonnes intentions? C’est faire preuve d’un grand optimisme ou d’aveuglement volontaire.