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Opioïdes: Québec tarde

ÉDITORIAL / Les surdoses d'opioïdes ont causé l'an dernier sept décès par jour au Canada. Selon la ministre fédérale de la Santé, Jane Philpott, «l'épidémie» qui frappe depuis plus d'un an la Colombie-Britannique n'a pas encore atteint son point culminant. Et pourtant, le plan de lutte du Québec n'est pas encore au point, et ce même, si le nombre de prescriptions d'opioïdes est en hausse dans la province. Cette lenteur est préoccupante.
Des appels à accélérer le pas ont pourtant été formulés depuis que la crise des opioïdes sévit en Colombie-Britannique.
Le Collège des médecins et l'Ordre des pharmaciens du Québec ont demandé en décembre au gouvernement d'établir un plan d'action avec tous les acteurs concernés.
En avril, c'était au tour du coroner Paul G. Dionne d'inciter Québec à passer à une vitesse supérieure dans ses préparatifs. En 2005, le Bureau du coroner avait enregistré 62 décès liés aux opioïdes, des médicaments antidouleur. En 2014, le nombre avait doublé.
Des professionnels en santé publique et des organismes oeuvrant auprès des toxicomanes ont aussi souhaité des actions plus fortes.
Le ministère de la Santé et des Services n'est pas resté totalement inactif. Il a notamment ajouté la naloxone, un composé qui inverse les effets des opiacés, à la liste du régime d'assurance médicaments. Le traitement fait aussi l'objet d'une ordonnance collective nationale. Il a également mis sur pied un comité multisectoriel afin de préparer un plan d'action. La formation des ambulanciers a également été enrichie et la naloxone est disponible dans tous leurs véhicules. Québec a aussi inauguré lundi à Montréal trois services d'injection supervisés.
Les ordres professionnels des médecins et des pharmaciens sont cependant toujours en attente de modifications à la loi d'accès à l'information afin de pouvoir partager avec la Régie de l'assurance maladie du Québec des données sur la prescription et la dispensation des opioïdes et autres substances contrôlées. L'Ordre des pharmaciens souhaite de plus obtenir d'Ottawa certaines données des grossistes.
Même si le cabinet de Gaétan Barrette indique que le gouvernement travaille à rendre les données de la RAMQ disponibles aux ordres professionnels, il faudra attendre encore pour que ceux-ci puissent repérer leurs membres qui ont des pratiques suspectes et contraires aux bonnes pratiques. On ne modifie pas facilement des dispositions touchant les renseignements personnels et la protection de la vie privée. Vouloir assurer la sécurité des patients et éviter qu'une surdose les conduise au cimetière est toutefois un argument valable pour trouver des compromis.
Il faudra patienter encore quelques mois pour que Québec dévoile un plan d'action complet. La problématique des opioïdes n'est pas la même au Québec et en Colombie-Britannique, note-t-on au bureau du ministre Barrette. «Nous ne sommes pas dans une situation de crise actuellement».
Le Québec n'est peut-être pas en situation de crise comme en Colombie-Britannique, mais fait-on présentement ce qu'il faut pour éviter que le problème qui frappe l'Ouest et des états américains se transpose ici et avec la même ampleur? Encore faudrait-il que le Québec dispose d'un portrait juste , ce qu'il n'a toujours pas.
Le marché noir, des professionnels de la santé qui prescrivent ou vendent des opioïdes à la légère, des malades qui développent une dépendance et qui magasinent des prescriptions n'est pas un phénomène qui s'arrête aux frontières du Québec.
Avec un surplus record de 2,5 milliards $, le gouvernement ne peut alléguer l'état des finances publiques pour justifier la lenteur de ses actions en prévention.