Un champ desséché de tournesols en Allemagne

Nous avons créé ces canicules

ÉDITORIAL / Nous ne les avons pas inventées. Les canicules, les sécheresses ou les feux de forêts ont toujours existé. Mais celles qui frappent, simultanément, plusieurs points du globe cet été, c’est nous qui les avons façonnées.

Et ça n’est que le début, un simple avant-goût du monde que nous laisserons en héritage aux générations qui suivent.

Ce que nous modifions avec la hausse de concentration du CO2 dans l’atmosphère, c’est la variabilité, l’intensité, la fréquence de ces phénomènes. Ces canicules généralisées qui frappent aussi bien le Japon que l’Amérique ou la Suède, sont alimentées par des systèmes à l’échelle planétaire.

«Les indices provenant de ces événements extrêmes autour du monde sont très convaincants», soutient dans Inside Climate News Corinne Le Quéré, une Québécoise qui dirige un centre de recherche britannique sur les changements climatiques. «C’est un signe que le réchauffement en est la cause, sinon y contribue.»

Mme Le Quéré était d’ailleurs de passage à Québec récemment pour plaider en faveur d’une meilleure gouvernance de l’État face à ce défi.

Les chercheurs sont de moins en moins réticents à relier des événements précis aux changements climatiques.

Chaque année, depuis six ans, l’American Meterological Society publie un rapport sur les événements extrêmes de l’année précédente. La sixième édition, publiée en janvier dernier, est la première où on conclut que les records de chaleur observés en 2016, tant à l’échelle planétaire qu’en Asie et dans le milieu marin sur les côtes de l’Alaska, n’auraient pas été possibles dans l’ère préindustrielle, sans le CO2 que nous avons rejeté dans l’atmosphère.

Il est trop tôt pour se prononcer définitivement sur l’année en cours, mais une autre organisation, le World Weather Attribution (WWA), qui réunit plusieurs centres de recherche, publie des analyses préliminaires. À partir des données recueillies cette année et les années précédentes, le WWA conclut que les vagues de chaleur sont deux fois plus fréquentes en Irlande, aux Pays-Bas et quatre fois plus au Danemark.

L’année dernière, l’organisation arrivait aux mêmes conclusions pour le sud de l’Europe. Dans le nord de la Finlande, les températures enregistrées cette année ont d’ailleurs surpassé tout ce qui a été mesuré depuis un siècle.

Les scientifiques ne sont pas les seuls à tirer cette conclusion.

En Californie, la présidente de la Pacific Gas and Electric Company (PG&E) affirmait que les feux qui ravagent l’État cette année «sont la preuve que nous vivons dans une nouvelle normalité désormais».

Ce n’est pas pour rien que cette puissante corporation invoque les changements climatiques. Les incendies de cette année risquent d’entraîner des pertes de plus d’un milliard de dollars et l’entreprise fait pression sur l’État pour obtenir des assouplissements.

La compagnie a aussi été tenue responsable, par le Département de foresterie de protection contre le feu de Californie, pour certains des feux qui ont ravagé les régions vinicoles de Napa et Sonoma l’année dernière, en raison de travaux de déboisement insuffisants près des fils, ou de transformateurs qui ont explosé.

L’impact des changements climatiques n’est plus une vue de l’esprit, c’est une réalité qui se calcule par les pertes qu’elle provoque, par les investissements qui sont nécessaires pour adapter nos infrastructures à de plus grands extrêmes météorologiques, et par les pertes de vies humaines qu’elle entraîne.