Non, l’Église ne s’est pas excusée

ÉDITORIAL / Cela fera bientôt trois ans que rapport Vérité et réconciliation a conclu que le système des pensionnats autochtones constituait un «génocide culturel», et tout ce que la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) peut offrir à ce jour c’est qu’une «visite papale pourrait être envisagée dans le futur».

Mercredi, en conférence de presse, les président et vice-président de la Conférence des évêques ont tenté d’expliquer la position exprimée dans la «lettre aux peuples autochtones» publiée à la fin-mars. Sans aucun succès. Leurs intentions — et celles du pape — sont illisibles. C’est un affront aux centaines de milliers de victimes, à tous ces parents, fils et filles qui sont en droit d’exiger, de la part du plus haut responsable de l’Église catholique, un véritable acte de contrition au nom de l’institution qu’il incarne.

Cela aurait pu être acceptable en 2015, mais pas aujourd’hui, un an après que le premier ministre Trudeau ait lui-même demandé au Pape qu’il offre des «excuses formelles».

Le Nouveau parti démocratique a présenté une motion afin que le gouvernement réitère ses demandes au Saint-Père. Le refus d’un député conservateur a empêché son adoption à l’unanimité. Elle doit maintenant être faire l’objet d’un débat.

Selon le vice-président de la CECC, Mgr Richard Gagnon, il est faux de dire que l’Église ne s’est pas excusée. «Les faits sont très différents», dit-il. Les déclarations de Benoît XVI et de Jean-Paul II en témoignent, selon lui.

Non. Les propos des deux papes ne constituaient en rien des excuses pour les abus systémiques dont l’Église s’est rendue complice. En 1987, à Fort Simpson, Jean-Paul II se comparait aux missionnaires, qui ont «montré du respect pour votre patrimoine, pour vos langues et pour vos coutumes».

«Vos ancêtres savaient d’instinct que l’évangile, loin de détruire leurs valeurs authentiques et leurs traditions avait le pouvoir de purifier et de relever cet héritage culturel...»

Cela ressemblait plus à l’apologie du colonialisme qu’à des excuses. Mercredi, à Ottawa, la survivante Evelyn Korkmaz rappelait qu’on lui avait plutôt enseigné que les croyances de son peuple n’étaient que «les voies du diable».

À Sainte-Anne-de-Beaupré, en 1984, le Pape s’était simplement borné à admettre qu’il y avait eu «des difficultés et, occasionnellement, même des erreurs».

Quant à Benoît XVI, en 2009, il se disait triste à l’idée de la douleur «causée par la conduite déplorable de certains membres (de l’Église) »

L’histoire montre plutôt que la hiérarchie de l’Église, à tous les niveaux, avait endossé à la fois l’esprit et les méthodes inhumaines de cette politique que ni le temps ni les mœurs ne sauraient excuser.

Les évêques canadiens ont raison de rappeler l’importance de consacrer des efforts et des ressources importantes à réparer concrètement le tort causé à des centaines de communautés et des milliers d’individus. Mais l’Église doit d’abord reconnaître sa responsabilité, comme institution, sans faux-fuyant.

«J’ai passé 10 ans de ma vie dans les pensionnats. Ma mère et mon père y ont perdu la majorité de leurs 14 enfants», a rappelé le député Romeo Saganash, qui s’est dit «dégoûté» par l’insensibilité des évêques.

Ce n’est pas un mince fardeau que celui de confronter l’horreur de cet épisode, mais les évêques doivent réaliser que c’est leur devoir envers ceux et celles qui en souffrent aujourd’hui encore.