Ne touchez à rien!

Des députés français du groupe parlementaire d'amitié France-Québec s'émeuvent de la mise en vente des locaux actuels du Consulat général de France dans le Vieux-Québec. Leur trouble et leur opposition nous rappellent qu'il existe toujours des milliers de bonnes raisons de ne toucher à rien... Et tant pis pour les déficits des États!
Rassurons d'abord ces parlementaires : non, cette vente ne sera pas interprétée comme «un désengagement de la France à l'égard du peuple québécois». Ne nous attardons pas à l'enflure verbale. Poursuivons.
La mise en vente ne constituera pas davantage «un signal inopportun à la veille de la visite au Québec du président de la République française». Il est peu probable que beaucoup d'interlocuteurs québécois de François Hollande l'entretiennent de cette affaire l'automne prochain.
Joignant sa voix à ce groupe d'élus outrés, le député Frédéric Lefebvre a écrit au ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, pour le sommer de renoncer à cette vente. Sa lettre ne manque pas d'arguments, il faut l'avouer.
«La Maison Kent fait partie du patrimoine historique du Québec. Il s'agit de l'une des plus anciennes maisons de la ville et je me permets de vous rappeler que c'est en son sein que la capitulation de la ville de Québec aux Britanniques en 1759 a été signée», écrit ce proche de Nicolas Sarkozy au socialiste Fabius. (La Maison Kent abrite le Consulat de France à Québec depuis 1980.)
Mais la décision de vendre s'inscrit dans une démarche d'ensemble qui n'est pas infondée, elle non plus; loin de là, même.
Comme d'autres, l'État français doit réduire ses dépenses publiques. Ce qui devrait préoccuper ce groupe d'élus, ce sont plutôt les économies que générera le déménagement du consulat de Québec dans des locaux plus modernes. Seront-elles effectivement au rendez-vous?
Le Quai D'Orsay n'en est pas à ses premières «ventes». C'est qu'il a l'obligation, comme la plupart des autres ministères en France, d'assurer ses missions avec moins de subsides.
Il a récemment mis en vente la résidence de l'ambassadeur de France à l'ONU, située sur Park Avenue à New York, au coût de 48 millions $. En fait, il a vendu plus de 150 biens immobiliers depuis quelques années. Ils étaient jugés trop coûteux.
Des économies de bouts de chandelle? On peut le voir ainsi. Mais ce n'est pas pour rien que tous les ministères de l'Hexagone écopent. C'est que la France est dans une situation budgétaire catastrophique.
Rien n'est plus facile pour un élu que de défendre son pré carré, ses réseaux, ses clientèles. Il se fera féliciter par les gens qu'il croise. 
Rien n'est plus difficile que d'être un député fiduciaire du bien général; ce qui oblige à parfois dire «non» à ceux que l'on fréquente.
Il va de soi que ce n'est pas avec des mesures périphériques comme celle-là que le gouvernement socialiste de Manuel Valls sauvera les services publics, ces services dont les citoyens ont besoin -de l'école publique à la sécurité sociale. Mais il n'y a pas de raison pour que tous les étages de l'État ne soient pas mis à contribution.
Ce n'est pas par caprice ou par idéologie que la politique budgétaire française prévoit cette année un «effort d'économies sans précédent». C'est par nécessité.
Les budgets des gouvernements français sont déficitaires depuis 40 ans. Paris ne cesse de quémander des dérogations à la Commission européenne, car il ne parvient pas à réduire son déficit budgétaire sous la barre des 3 % de son produit intérieur brut.
Ce serait très bien que le Consulat général de France rénove la Maison Kent et y demeure. Mais tellement de choses seraient souhaitables... Parlez-en aux membres de la centaine de groupes interparlementaires de toutes sortes à l'Assemblée nationale et au Sénat français. Eux aussi ont des idées.