Ne pas oublier Lac-Mégantic

Une commémoration permet habituellement aux familles endeuillées de faire la paix, de recevoir encore un an après la mort brutale d'êtres chers le réconfort de ceux qui restent. Difficile pour la population de Lac-Mégantic d'être en paix et confiante dans l'avenir lorsque la ministre fédérale des Transports, Lisa Raitt, réduit la cause de la tragédie qui a tué 47 personnes et dévasté leur ville le 6 juillet 2013 à la négligence de certains individus et non à des lacunes réglementaires.
Le ministère des Transports a beau avoir changé de titulaire depuis la catastrophe, Mme Raitt est aussi maladroite et insensible dans ses propos que l'était son prédécesseur Denis Lebel. Il y a un an, ce dernier n'avait trouvé rien de mieux à dire que le nombre d'accidents ferroviaires et de déraillement avait diminué depuis 2007, et ce, même si le transport par train est en hausse. Toute une consolation lorsque vous avez perdu un enfant, un conjoint, un parent, un ami dans un brasier. Tout un réconfort lorsque votre paisible ville vient d'être détruite par le déraillement d'un train sans surveillance et l'explosion de ses wagons chargés de pétrole.
Certes, il faut attendre les résultats de l'enquête du Bureau sur la sécurité des transports (BST) et les résultats des recours juridiques pour savoir ce qui s'est exactement passé dans la nuit du 5 au 6 juillet 2013 et à quoi et à qui est attribuable le funeste accident. En attendant, par respect pour les 47 victimes de 4 à 93 ans, par égard pour leurs proches et pour la communauté de Lac-Mégantic, personne ne devrait se disculper et conclure qu'il n'a rien à se reprocher.
Pour Lisa Raitt, «c'est pas mal clair». «C'est un cas où quelqu'un n'a pas respecté les règles. Une compagnie, un individu, peu importe, Ça a mené à cette tragédie», a-t-elle affirmé à La Presse. Le gouvernement fédéral n'a rien du tout à se reprocher, Madame Raitt? Il a toujours adopté les lois et les règlements pour protéger la population et assurer sa sécurité? Il s'est toujours préoccupé que les fonctionnaires soient en nombre suffisant et aient la vigilance et la compétence requises pour veiller à ce que la législation et la réglementation soient respectées par les entreprises ferroviaires comme la MMA?
Depuis un an, Ottawa a procédé à des changements pour rendre le transport des matières dangereuses plus sécuritaires. Les règles d'utilisation des wagons-citernes DOT-11 ont été revues. Le BST a reconnu les actions posées par Ottawa tout en affirmant toutefois qu'il restait du travail à faire. En novembre, le Vérificateur général a pour sa part relevé des lacunes récurrentes chez Transports Canada.
Est-ce qu'Ottawa aurait revu et resserré sa réglementation si le train de la MMA n'avait pas déraillé la nuit du 6 juillet, tué 47 personnes et fragilisé émotivement et économiquement la communauté de Lac-Mégantic? Est-ce que le gouvernement conservateur agirait s'il n'avait pas un rendez-vous avec les électeurs en 2015? Plusieurs ont des doutes. Cela n'aide pas à faire sereinement son deuil, à franchir l'étape de la paix.
Récemment, le curé Steve Lemay confiait à une journaliste être pris à commémorer des événements qui n'appartiennent pas encore au passé. «On a encore les deux pieds dans le deuil. On n'est pas encore dans le souvenir.»
Admettons qu'il faut une mémoire sélective pour passer à travers une telle tragédie dont les séquelles sont visibles chaque jour. À l'absence d'êtres aimés s'ajoute la perte d'une trame urbaine, de lieux fréquentés.
La solidarité et la compassion exprimées par la population québécoise et d'ailleurs ont sûrement été un baume pour les Méganticois éprouvés. La présence constante, le calme et le professionnalisme de leur mairesse Colette Roy-Laroche également. Cette solidarité, cette sensibilité et ce dévouement doivent demeurer au-delà du premier anniversaire de la tragédie.