Mourir pour rien

Cela fait plus d'un demi-siècle que l'on s'entretue sur la côte est de la Méditerranée, mais il n'y a pas encore assez de morts pour remplir le fossé qui sépare Palestiniens et Israéliens.
On croirait qu'il arrive un moment où la sensibilité face à l'horreur finit par s'émousser, mais l'enlèvement de trois adolescents israéliens, lâchement exécutés, montre qu'il n'en est rien. La réaction a été forte non seulement au sein de la population israélienne, mais partout dans le monde, devant un geste aussi cruel que gratuit, et en raison de l'âge des victimes.
La vie des enfants et des adolescents est une valeur sacrée dans toutes les cultures, mais les circonstances font en sorte que, parfois, certaines vies prennent plus de valeur que d'autres.
La mort des trois jeunes Israéliens a bouleversé l'opinion publique, mais on ne peut en dire autant de la mort de deux ados palestiniens, tués par balles eux aussi, un mois plus tôt. Les forces israéliennes avaient tiré sur un groupe de personnes qui manifestaient, comme chaque année, pour commémorer l'exode de quelque 700000 Palestiniens, expulsés quand le nouvel État d'Israël a été attaqué par ses voisins arabes, en 1948. Ces deux morts n'ont pas causé d'émoi comparable à celui qui a suivi la découverte des trois victimes israéliennes.
Pourtant, d'un côté comme de l'autre, ces jeunes victimes ne faisaient partie d'aucune mouvance extrémiste. Leurs rêves et leurs espoirs se ressemblaient, mais ils ont été aspirés dans une tornade qui tue sans discernement. Comme un autre jeune Palestinien enlevé par des Israéliens, en guise de «représailles» qui ne feront qu'alimenter ce cycle de folie meurtrière.
Un organisme humanitaire, Defence for Children International Palestine (DCI), a condamné la réaction de l'armée israélienne, qui a frappé des dizaines de cibles en territoire palestinien, des gestes auxquels les groupes palestiniens ont répliqué par des tirs de roquettes. Ces représailles ne sont rien d'autre que la punition collective d'une population déjà fragilisée, accuse DCI. Cette année seulement, six enfants ont été tués par un usage excessif de force par l'armée en Cisjordanie, souligne d'ailleurs l'organisme.
Le premier ministre Nétanyahou et son ministre de la Défense ont de leur côté annoncé une nouvelle vague de constructions, en mémoire des victimes, dans les colonies construites illégalement en territoire occupé.
Pourtant, ces colonies incarnent un extrémisme religieux aussi néfaste et exalté que celui qui s'oppose à l'existence de l'État d'Israël. Ce n'est qu'une illustration de plus de l'absurdité qui gangrène ce conflit sans fin. Des illuminés ont cru, pour une raison qui échappe à l'entendement, que ces morts aideraient leur cause. Et en réaction, l'État israélien pose des gestes qui ne font qu'augmenter le risque d'une répétition de ce scénario.
Le président Nétanyahou accuse le Hamas d'être responsable de cet acte insensé, sans pour autant fournir de preuves à l'appui. Cette déclaration tient plus du calcul politique qu'autre chose. Le Hamas n'aurait rien à gagner en déclenchant une telle crise, sans aucun objectif stratégique ni tactique, mais ses actes terroristes répétés contre la population israélienne font néanmoins de lui une cible évidente, même s'il s'évertuait à nier toute responsabilité dans ce dernier épisode.
Cette escalade ne peut que nous éloigner d'une solution pacifique à ce conflit. Peut-être devrait-on confier la réconciliationaux parents de ces jeunes victimes innocentes. Eux seuls trouveraient la sagesse nécessaire pour mettre fin à cette folle absurdité, car ça serait la seule façon d'éviter que leurs enfants soient morts pour rien.