Maternelle 4 ans : rien ne presse

ÉDITORIAL / Il est vrai qu’au nom de la liberté de choix des parents, le gouvernement Couillard va dans toutes les directions lorsqu’il s’agit des services à la petite enfance. Tout semble pour lui d’égale valeur. Que le ministre de l’Éducation n’implante pas des maternelles 4 ans à toute vitesse, comme le préconise la Coalition avenir Québec (CAQ), est toutefois sage.

Si des services de garde éducatifs comme les centres de la petite enfance (CPE) n’existaient pas, on pourrait s’inquiéter que tous les tout-petits n’aient pas accès à une prématernelle près de chez eux.

Il est en effet important de fournir des milieux stimulants aux enfants et d’intervenir tôt pour déceler, atténuer voire corriger des problèmes d’apprentissage ou de comportement avant que les jeunes débutent l’école.

Mais lorsque des CPE et de bonnes garderies jouent déjà ce rôle, pourquoi s’empresser de créer des classes de prématernelle partout pour 80 000 enfants, sans s’assurer que des lieux adéquats et du personnel sont disponibles pour répondre adéquatement à la demande? La pénurie de main-d’œuvre touche aussi les commissions scolaires. Pourquoi instaurer un dédoublement?

Jeudi, le député caquiste Jean-François Roberge a reproché au ministre de l’Éducation de consacrer moins de fonds que l’an dernier à la création de classes de maternelle 4 ans. Un peu plus de 5 millions $ en 2018, comparativement à 12 millions $ l’an dernier.

La CAQ déplore de plus que des classes soient prioritairement créées en milieux défavorisés alors que des enfants éprouvant des difficultés se retrouvent dans tous les milieux. M. Roberge «évalue» qu’il faudra 100 ans pour offrir la maternelle 4 ans à tous. Son parti se donne cinq ans pour y arriver.

Le fait que la CAQ considère les garderies privées non subventionnées comme un bon modèle d’affaires, alors qu’elles ne sont pas soumises aux exigences des garderies subventionnées et encore moins à celles des CPE où la qualité est plus grande, peut expliquer pourquoi elle est si pressée d’implanter des prématernelles.

La complémentarité — services de garde éducatifs et maternelle —se défend pourtant très bien. Québec a de plus annoncé récemment des améliorations aux services de garde éducatifs. Davantage de places seront enfin créées dans les CPE. Le gouvernement a aussi étendu à cinq jours par semaine la gratuité des services de garde subventionnés pour les enfants dont les parents reçoivent l’aide sociale.

Avec sa politique de réussite éducative, Québec souhaite qu’en 2025, 80 % des enfants amorcent leur scolarité sans présenter un facteur de vulnérabilité dans leur développement (santé physique et bien-être, compétences sociales, maturité affective, développement cognitif et langagier, habilités de communication et connaissances générales).

Pour atteindre cette cible, il devrait aller de soi que l’État favorise et crée des places dans le type de services où la qualité est supérieure : les centres de la petite enfance.

Or, la députée péquiste Véronique Hivon signalait jeudi que le nombre de places en garderies privées a augmenté de 3600 % en 15 ans de règne libéral. Le crédit d’impôt offert aux parents dont les enfants fréquentent une garderie privée non subventionnée ou non régie vient aussi d’être rehaussé.

Le ministre de la Famille, Luc Fortin, se défend en disant que les parents sont les mieux placés pour faire les bons choix pour leurs enfants. Il a cependant pris la précaution de s’assurer-dans son projet de loi 143- que les parents qui utilisent une garderie non régie sont conscients qu’elle n’est pas reconnue par son ministère et que sa qualité n’est pas évaluée. Ils doivent signer à cet effet et le ministre est content, les parents sont libres.