Lutte inégale et absurde

Il est difficile de départager les torts dans l'escalade de violence qui embrase Gaza et la Cisjordanie, mais il y a une chose qui crève les yeux, et c'est le déséquilibre entre ces deux peuples condamnés à vivre côte à côte.
Près de 4,5 millions de Palestiniens habitent l'étroite bande côtière de Gaza et le territoire de la Cisjordanie. Leur économie est évaluée à un peu plus de 10 milliards $. Ni l'agriculture ni l'industrie n'ont connu de véritable croissance depuis des décennies.
La population d'Israël, de l'autre côté, est à peu près le double, un peu plus de huit millions de citoyens, mais son économie représente une force de près de 300 milliards $. En outre, le pays reçoit une aide militaire importante des États-Unis, de 3 milliards $ par année, une somme qui équivaut à elle seule à un tiers de toute l'économie palestinienne.
Le déséquilibre entre les deux nations se reflète dans le bilan humain de ce conflit. Mardi, on faisait état de plus de 170 morts et 1200 blessés parmi les Palestiniens, en majorité des civils. Dimanche, une seule attaque visant un commandant de la police du Hamas a fait 18 morts - tous membres d'une même famille, dont plusieurs enfants, et plus de 50 blessés.
Jusqu'ici, malgré les centaines de roquettes lancées par le Hamas, la première perte de vie a été enregistrée mardi seulement en Israël, et on ne compte que quelques dizaines de blessés depuis le début des affrontements.
Ce déséquilibre n'enlève pas à Israël le droit de se défendre ni de répliquer aux attaques palestiniennes, mais il devrait inciter la communauté internationale, et le Canada en particulier, à plus de mesure dans ses prises de position. À entendre le ministre Baird, on croirait que c'est Israël qui, en raison de sa position de faiblesse, se voit forcé de recourir à tous les moyens, incluant le meurtre de civils. L'armée israélienne prétend viser exclusivement des cibles militaires, accusant le Hamas d'utiliser la population comme bouclier, mais étant donné l'ampleur des pertes humaines jusqu'ici, l'erreur n'est plus une possibilité mais une certitude. 
Le quotidien britannique The Guardian a relaté le cas d'un médecin palestinien, Nasser Tatar, directeur général du principal hôpital de Gaza, et dont la maison a été détruite de façon intentionnelle. Les forces israéliennes l'ont en effet averti quelques minutes avant de lancer leur bombe. La maison qu'il avait construite a été détruite, ainsi que le centre médical qu'il y avait aménagé.
Ceux qui paient le prix de cette violence insensée sont des citoyens ordinaires, des deux côtés. C'est à eux qu'on devrait d'abord penser au lieu de se ranger inconditionnellement derrière le gouvernement Nétanyahou comme le fait Ottawa jusqu'ici.
Le peuple palestinien est, quant à lui, l'otage des extrémistes du Hamas. Quelles que soient ses raisons, l'organisation a commis une erreur en refusant l'offre de cessez-le-feu avancée par l'Égypte. La multiplication des attaques contre les villes israéliennes ne procurera aucun gain, ne répond à aucun objectif, militaire ou politique, et ne peut qu'envenimer un climat déjà pourri.
Tout indique qu'Israël s'apprête à se lancer dans une bataille terrestre d'envergure pour empêcher le Hamas de poursuivre ses attaques, aussi futiles soient-elles. Les pertes seront alors beaucoup plus importantes, mais cela ne réglera pas pour autant le problème.
Tant que le peuple palestinien sera maintenu dans cet état de dépendance, avec un taux de chômage de plus de 30 %, une économie exsangue et des générations traumatisées, le feu continuera de couver sous le sol. Pour jouer un rôle utile, le Canada devrait surtout chercher le moyen d'arbitrer cette guerre de plus en plus absurde.