Lutte contre le tabagisme: pas d'excès

N'en déplaise aux cigarettiers, le Québec pourrait renforcer encore la réglementation sur le tabac. Contrairement à ce que soutient Imperial Tobacco Canada, ce n'est ni paternaliste ni excessif d'agir ainsi. Plus de 10 000 Québécois meurent chaque année à cause du tabac, des jeunes se font appâter par de nouveaux produits qu'ils croient inoffensifs et l'ensemble de la société doit assumer une note d'un milliard de dollars en soins de santé. Il est plutôt responsable de la part d'un gouvernement de vouloir limiter les dégâts.
Dans une lettre transmise aux médias la semaine dernière, le directeur des affaires générales d'Imperial Tobacco Canada, Éric Gagnon, formulait une mise en garde. «L'excès de réglementation est une pente des plus glissantes qui mène vers un État paternaliste au détriment non seulement de l'industrie du tabac, mais aussi de l'ensemble des industries. À partir de quand le gouvernement devrait-il reconnaître qu'il a adopté assez de mesures réglementaires et que tout ajout n'est qu'un abus de son pouvoir de réglementation qui contredit la notion même de libre arbitre?»
Imperial Tobacco semble oublier que ce n'est pas uniquement le fumeur qui est ici concerné. Celui-ci peut en effet consommer du tabac sous différentes formes même s'il connaît les risques potentiels de ce produit légal pour sa santé et les sommes d'argent qui s'envoleront en fumée. Or, sa décision a aussi un impact sur la santé des autres et sur le porte-monnaie des autres. Les dégâts du tabagisme accapareraient le tiers des soins en hospitalisation.
L'État est donc justifié d'intervenir, et ce, même si la lutte contre le tabagisme a connu de nombreux succès depuis 50 ans. La vigilance est de mise et rien ne peut être tenu pour acquis. On le voit dans d'autres domaines. La Société de l'assurance automobile a dû refaire des campagnes de sensibilisation pour rappeler l'importance d'attacher sa ceinture après avoir constaté que de jeunes conducteurs omettaient de le faire. L'industrie peaufine ses méthodes, de nouveaux produits sont présentés sur le marché, et les comportements et les valeurs des individus - adultes et jeunes - changent. La loi doit aussi évoluer.
À entendre l'industrie, il faudrait accepter comme une fatalité que des gens meurent à cause du tabac, que le taux de tabagisme stagne à 24 % depuis six ans et que le Québec soit toujours la province où l'on fume le plus.
Heureusement, des députés semblent plus sensibles aux arguments du milieu de la santé publique qu'à ceux de l'industrie. Dans son rapport-bilan 2005-2010 de la Loi sur le tabac remis en décembre, la Commission de la santé et des services sociaux conclut que le tabagisme demeure un problème de santé publique important.
D'une seule voix, la Commission recommande de réviser la législation afin que la prévalence du tabagisme diminue, que l'attrait des non-fumeurs - en particulier les jeunes - pour les produits du tabac se dissipe. Les députés souhaitent également que la protection de la santé des enfants et des jeunes à l'exposition à la fumée soit améliorée et que la santé des non-fumeurs soit mieux protégée. Ils veulent aussi que les mesures législatives existantes soient appliquées dans leur intégralité. Des pétitions seront aussi déposées à la reprise des travaux en février. Le ministre de la Santé, Réjean Hébert, possède donc du soutien pour présenter et faire cheminer un projet de loi.
Cigarette électronique assujettie ou non à la Loi sur le tabac, interdiction ou non de fumer dans une voiture en présence d'enfants, bannissement ou non des produits du tabac aromatisés? Il faut se brancher et développer un plan d'attaque qui permettra de réaliser d'autres progrès. Rappelons que le gouvernement Marois a promis une grande politique de prévention. L'industrie du tabac ne sera pas seule à être montrée du doigt.