L'OPA de PKP

Une OPA, dans le jargon des affaires, c'est une offre publique d'achat pour le capital d'une entreprise, sur laquelle les actionnaires ont à se prononcer. Ce n'est pas si différent d'une course à la chefferie d'un parti politique, où le gagnant se voit accorder le privilège d'injecter son ADN dans l'organisation.
La Québecorisation du Parti québécois (PQ) est déjà en marche, mais elle n'est pas apparue soudainement avec l'entrée en scène de Pierre Karl Péladeau. Elle se manifeste, depuis quelques années, par ce glissement vers un nationalisme identitaire, quelque part entre l'héritage de Lionel Groulx et celui de René Lévesque, que plusieurs au parti aimeraient bien fondre en un seul continuum. Cette course à la chefferie marquera un tournant dans l'histoire péquiste.
La politique n'est pas un milieu naturel pour M. Péladeau fils. On voit qu'il s'y sent à l'étroit, qu'il accepte difficilement de se plier aux règles du jeu. Mais ce fut sans doute la même chose pour son passage dans le monde des affaires. Il a eu à briser d'autres carcans pour se rendre là où il est aujourd'hui, et faire de Québecor un géant du paysage médiatique.
Depuis son arrivée dans l'arène politique, il apprend un nouveau métier, et il apprend vite. Ce sera un adversaire redoutable autant à l'intérieur du PQ que face aux autres partis. Il sait transformer les règles du jeu lorsque celles-ci ne font pas son affaire. Depuis son élection, M. Péladeau utilise habilement les réseaux sociaux, pour s'adresser directement à la population. Il a peu de sympathie pour les journalistes et n'a certainement pas l'intention de dépendre d'eux pour véhiculer son message. Le monde des communications a changé pour de bon et nul n'est mieux placé que lui pour le savoir.
Cela dit, le bagage que l'homme d'affaires traîne avec lui risque d'être un boulet dont il aura bien du mal à se défaire. Les gestes qu'il a posés comme dirigeant d'entreprise nous en disent plus sur ses valeurs et sa personnalité que tous ses discours. Le jour où il se verra confronté aux problèmes des finances publiques, le personnage n'hésitera pas une seconde à utiliser la manière forte s'il estime pouvoir atteindre ainsi ses objectifs. Cela ne fait aucun doute.
Il est assez ironique de l'entendre dire que le gouvernement libéral agit de manière «brutale» avec ses politiques d'austérité. Venant de lui, on ne sait trop s'il s'agit d'une critique ou d'un compliment.
En confirmant, jeudi, qu'il serait candidat à la chefferie, il affirmait qu'avec la souveraineté, «les Québécois ne s'appauvriront plus, ils vont s'enrichir...»
Ils sont plusieurs, au Québec, qui ne demandent pas mieux que de croire à cet Eldorado, mais il y en a au moins autant, sinon plus, qui ne se contenteront pas de cette vague équation entre indépendance et richesse. Tout dépendra de la façon dont il saura en faire la preuve.
M. Péladeau s'efforce de mettre de l'avant une image différente de celle qu'on a pu se faire de lui avant son saut en politique. Le défi n'est pas insurmontable étant donné qu'avant cette mémorable entrée, aux côtés de Pauline Marois, on ne savait finalement pas grand-chose de sa personne. Il a su protéger jalousement, et efficacement, sont intimité jusque-là, ce qui n'est pas un mince accomplissement pour ce couple qui attire autant les projecteurs.
À moins d'un revirement, tout porte à croire qu'il prendra éventuellement la tête du Parti québécois. Mais cette campagne est encore jeune et celui dont Pierre Karl Péladeau devra se méfier le plus, jusqu'au jour de l'élection, c'est de lui-même. La passion, la conviction et la fougue qui l'animent sont indéniables. Elles seront peut-être la clé de son succès, mais ce sont des armes à double tranchant, et il suffira d'un faux pas pour qu'elles se retournent contre lui.