L'oeuvre de M. Poutine

Le président russe devra porter l'entière responsabilité de la crise déclenchée par l'écrasement du Boeing 777 de Malaysia Airlines. L'enquête est loin d'être terminée, mais tous les indices obtenus jusqu'ici pointent en direction des forces séparatistes. Elles possédaient l'armement capable de frapper une cible à une telle altitude, sans avoir pour autant les moyens d'identifier précisément le type d'avion visé. L'arrogance et la stupidité ont fait le reste, transformant une erreur en tragédie.
Dans un message diffusé sur le réseau social russe VK, avant même que l'écrasement ait été confirmé en Europe, un dirigeant séparatiste, Strelkov, se vantait d'avoir abattu un avion. Le quotidien Daily Mail a diffusé une vidéo, qui montre l'écrasement et l'explosion de l'avion, pendant qu'on entend les commentaires d'insurgés prorusses, qui s'esclaffent. «Quelle explosion, dit l'un d'eux, regardez tous ces points noirs.»
Parmi ces «points noirs» qui tombaient du ciel se trouvaient les corps d'innocentes victimes. Un journaliste de Reuters est allé dans le village de Rozsypne, où les habitants ont décrit cette «pluie de corps». Le journaliste a vu, dans une maison, le corps dénudé d'une femme, qui a traversé le toit sous la force de l'impact. Autour de cette maison, des douzaines d'autres corps jonchent les champs.
Il y a suffisamment d'indications pour effacer le doute quant à l'origine de cette bavure, horrible et monumentale. Le missile a été tiré d'une zone contrôlée par les rebelles, a confirmé le président Obama. Mais la responsabilité remonte, ultimement, jusqu'au Kremlin.
Ce dérapage est une conséquence de la politique mise en oeuvre par Moscou pour déstabiliser et morceler l'Ukraine en appuyant des rebelles qui n'ont d'autre légitimité que la force de leurs armes. Strelkov, dont le nom véritable est Igor Girkin, est Russe, et non Ukrainien, tout comme celui qui se désigne comme «premier ministre» de la République populaire de Donetsk autoproclamée, Alexandre Borodaï.
Borodaï, originaire de Moscou, est un ex-journaliste et philosophe qui préconise une vision d'extrêmedroite, antisémite, partisan farouche de l'impérialisme exalté par Poutine. Borodaï a servi de conseiller politique au premier ministre prorusse de Crimée, avant de faire le saut à Donetsk.
La Russie arme et entraîne cette coalition disparate qui rêve d'une puissance impériale. En leur fournissant des armes, Moscou a créé un monstre qui risque d'échapper à son contrôle.
On assiste à ce qui ressemble de plus en plus à la montée d'un fascisme russe. Tous les signes sont là : un dictateur qui concentre le pouvoir entre ses mains; qui fait emprisonner ses opposants; qui contrôle les médias et exerce de la répression contre ceux qui ne le servent pas; qui ne recule pas devant l'action militaire pour étendre son emprise; une idéologie impérialiste qui frise la xénophobie et l'antisémitisme.
Les États-Unis ont déjà durci leurs sanctions à l'endroit de la Russie cette semaine, et l'Europe également, mais avec prudence, car l'Union risque de souffrir elle aussi d'une dégradation de ses relations économiques avec Moscou.
La mort de plus de 180 citoyens des Pays-Bas vient de changer la donne. Maintenant, l'Europe est confrontée à une nouvelle réalité, et il lui sera beaucoup plus difficile de ne pas être entraînée dans une dangereuse spirale.
À peu près tout le monde aura intérêt à trouver des boucs émissaires, les Européens comme les Russes, pour empêcher une escalade. Les boucs émissaires - c'est-à-dire les séparatistes - feront tout pour effacer leurs traces et empêcher les enquêteurs de faire leur travail, et c'est ce qu'ils font déjà. Il faudra exercer beaucoup plus de pression, si on veut vraiment punir les responsables de ce drame.