L'innocence de Nigel Wright

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) a mis fin à un long suspense, mardi, en annonçant que l'ancien chef de cabinet de M. Harper, Nigel Wright, ne ferait face à aucune accusation criminelle pour avoir versé 90 000 $ à l'ex-sénateur Mike Duffy.
Voilà une bonne nouvelle pour M. Harper, qui n'a pas été épargné par les revers dernièrement, dont le récent congédiement de son homme de confiance, Dimitri Soudas.
Ce n'est pas vraiment une victoire éclatante. La GRC indiquait qu'à l'issue de l'enquête, «les preuves recueillies ne permettent pas de porter des accusations criminelles contre M. Wright».
Ce n'est pas comme si on avait conclu que M. Wright n'avait rien à voir avec toute cette histoire. Mais pour lui qui risquait de se retrouver avec un casier judiciaire ou pire, une peine d'emprisonnement, ces quelques mots représentent la fin d'un calvaire. C'est un immense fardeau qu'on lui enlève des épaules, mais ce n'est pas le dernier mot de l'histoire. Loin de là.
Des accusations de fraude et d'abus de confiance ont été portées en février contre deux ex-sénateurs, le libéral Mac Harb et le conservateur Patrick Brazeau. «Je peux vous assurer que notre travail se poursuit dans d'autres dossiers importants. Nos enquêteurs explorent plusieurs pistes pour établir les faits et obtenir les preuves à l'appui», avait alors déclaré le commissaire adjoint Gilles Michaud.
Les enquêtes sur Mike Duffy et son ex-collègue Pamela Wallin se poursuivent toujours.
De son côté, M. Wright maintient encore n'avoir agi que dans l'intérêt des contribuables, voulant s'assurer qu'ils soient remboursés pour les allocations perçues par Mike Duffy, alors qu'il n'y avait pas droit.
C'est très joli cette histoire, et peut-être y croit-il lui-même, mais ça ne correspond pas à la réalité.
Le gouvernement canadien, et par le fait même les contribuables, aurait été remboursé tôt ou tard, avec ou sans son intervention. Il y a des banques pour emprunter de l'argent et des tribunaux pour trancher les litiges. On avait les moyens d'attendre le règlement de cette affaire.
Ce n'était pas l'intérêt des Canadiens qui troublait le sommeil de Nigel Wright mais celui de son ex-patron, Stephen Harper, et de son parti. Mike Duffy n'avait aucune intention de rembourser et ça, c'était un problème politique.
Rappelez-vous qu'au départ, il était question d'une somme de 32 000 $. Les courriels obtenus par la GRC démontrent non seulement que le Parti conservateur était prêt à éponger sa dette, mais qu'on laisserait Duffy prétendre qu'il remboursait lui-même cet argent. C'est exactement ce qu'il a fait lors d'une entrevue à la CBC, le 22 février 2013. Sachant que son parti paierait la note, il déclare néanmoins que «moi et mon épouse allons rembourser volontairement les sommes reçues pour notre résidence d'Ottawa».Ce mensonge flagrant n'a pas troublé Nigel Wright, lui qui prétend avoir tant à coeur l'intérêt des contribuables.
M. Harper non plus ne s'en est pas ému, quand son chef de cabinet l'a informé du stratagème : «We are good to go from the PM...», a écrit Wright dans le courriel désormais célèbre qu'il a expédié à l'avocat de M. Harper, Benjamin Perrin. On peut prendre ces deux-là pour bien des choses, mais pas pour des imbéciles. Ce message était limpide.
Quand on a découvert que les réclamations n'étaient pas de 32 000 $ mais bien de 90 000 $, l'entente avec le Parti conservateur est tombée à l'eau et Nigel Wright se trouvait alors devant un sénateur convaincu qu'il ne devait rien à personne. Il a peut-être agi seul, lorsqu'il a pris la décision qui a ultimement causé sa perte, mais le cabinet au grand complet l'avait accompagné jusque-là.