« Le dollar canadien est une aubaine pour les visiteurs étrangers, mais il entraîne des déboursés considérables pour les Canadiens dès qu'ils sortent du pays », affirme Gilbert Lavoie.

L'inévitable hausse des taux d'intérêt

ÉDITORIAL / L'annonce d'une hausse des taux d'intérêt n'est jamais une bonne nouvelle pour les emprunteurs. Mais il faut y voir davantage que les quelques dollars par mois qu'il faudra débourser pour payer l'hypothèque, l'automobile ou rembourser la carte de crédit. Si la Banque du Canada a jugé nécessaire de hausser son taux directeur, c'est parce que l'économie canadienne va bien. Et ça, tout le monde en profite.
L'augmentation d'un quart de point décrétée mercredi n'est pas énorme. Mais elle laisse entrevoir une tendance à la hausse qui aura notamment pour effet de soutenir notre devise à un niveau plus concurrentiel.
Le dollar canadien est une aubaine pour les visiteurs étrangers, mais il entraîne des déboursés considérables pour les Canadiens dès qu'ils sortent du pays. La faiblesse de notre devise a également une incidence inflationniste sur tous les produits importés de l'étranger, jusque dans le panier d'épicerie.
Notre devise se transigeait à 0.7740 $ mardi, par rapport à la devise américaine. Elle a dépassé les 0.78 $ dès l'annonce de la décision de la Banque du Canada. Les experts pensent qu'elle pourrait atteindre 0.80 $ d'ici le mois de décembre. Nous sommes encore loin de la parité d'il y a quelques années, mais un dollar à 0.80 $ serait encore très efficace pour soutenir nos exportations et attirer le tourisme chez nous, sans pénaliser indûment les consommateurs. 
On le constate cet été, l'industrie touristique bat des records. On peut penser que de nombreux touristes se tournent vers des pays comme le notre à cause des craintes causées par le terrorisme. Mais il ne fait aucun doute que beaucoup de visiteurs sont ici parce que notre dollar n'est pas cher. Il sera encore une aubaine même s'il atteint 0.80 $ d'ici la fin de l'année. 
L'une des grandes questions soulevées par la décision de la Banque du Canada concerne les taux hypothécaire. On l'a vu mardi, les grandes banques ont anticipé la décision du gouverneur Poloz et elles ont haussé leurs taux hypothécaires sans attendre. Cette situation va forcer les propriétaires dont l'hypothèque arrive rapidement à échéance, à jouer de prudence. Ils seront probablement plus nombreux à opter pour des échéances de cinq ans, quitte à payer un peu plus cher.
Il est certain que la hausse des taux entraînera des frais supplémentaires pour de nombreux propriétaires. Mais la hausse actuelle n'est pas très élevée, et les taux sont encore à des niveaux historiquement bas. 
S'il est un facteur qui alimente l'inflation actuellement dans le monde immobilier, c'est bien davantage la spéculation des investisseurs étrangers qui ont envahi les marchés de Vancouver et de Toronto. Le Globe and Mail a révélé hier que ces investisseurs ont acheté 9% des immeubles résidentiels dans le marché torontois entre le 24 avril et le 26 mai dernier. On imagine facilement l'effet d'une telle spéculation sur les prix. Le Québec a été épargné jusqu'à maintenant, mais nous ne sommes pas à l'abri.
Et puisqu'on parle de taux d'intérêt, il faut aussi penser aux épargnants et aux retraités dans cette équation. Depuis le temps que les rendements sur leurs économies sont au niveau plancher, ils ont bien le droit à un petit retour de l'ascenseur.